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 La lune de sang

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Chassez le surnaturel, il revient à pas de loup.
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Message#Sujet: La lune de sang   Mer 25 Fév - 1:02

Alors voila, ça fait un petit moment que j'y pensais et ce soir bah... je me lance Razz
Voila le début de ma fiction Very Happy


LA LUNE DE SANG


Chapitre 1



Mes cheveux volaient dans le vent, alors que la moto roulait rapidement serrant mon cœur qui ne battait plus pourtant. Mes mains étaient crispées sur le torse du conducteur alors que mes yeux, cachés derrière mes lunettes de soleil, parcouraient le paysage qui s'offrait à moi. Mon ami, mon frère de cœur, sentit mon angoisse et vint prendre l'une de mes mains dans la sienne, maîtrisant parfaitement son véhicule d'une seule main. Je posais ma tête, dénuée de casque, sur son dos froid. Je n'avais vraiment pas envie d'y aller, de revoir ces personnes qui avaient remplit mon ancienne vie. Mais je n'avais pas le choix, j'avais promis à la seule humaine que j'acceptais encore de voir, de me rendre à cet enterrement. Afin de rendre un dernier hommage au premier membre de ma famille que j'avais perdu depuis ma mort, premier d'une longue liste dans ma nouvelle vie d'immortelle. C'était le fardeau d'une vie de vampire, survivre à la mort des autres.

Mon histoire aurait sans doute pu être des plus banales, si je n'avais pas été victime d'un monstre de la nuit. Je me souvenais parfaitement de cette nuit, dans les moindres détails, alors qu'elle avait eu lieu il y a déjà cinq ans. Erwan m'avait souvent répété que c'était quelque chose de normal, une sorte de contre coup de la mort. Il pensait même que ces minutes restaient gravés dans l'esprit des personnes qui mourrait vraiment, laissant une trace dans leur âme. J'avais toujours trouvé étrange d'entendre un vampire me parler d'âme, cela semblait tellement contradictoire. En même temps, j'étais encore une novice dans ce domaine.

Quand la moto s'arrêta soudain, me sortant de mes pensées, je relevais la tête vers l'endroit où se tenait ma famille presque au complet.
- Émilie, ça va aller ?
La voix d'Erwan me fit tourner mes yeux vers lui, son air inquiet me fit même sourire. J'adorais le voir se comporter comme un frère avec moi, cet être protecteur que je n'avais jamais eu quand j'étais encore humaine.
- Ne t'en fais pas pour moi !
On prit donc la direction du groupe qui nous regardait arriver, je sentais tous les yeux de ces humains se poser sur moi. Les talons de mes bottines noirs faisaient peu de bruit alors que je marchais vers les membres de ma famille, aux côtés de mon frère de cœur. Ce dernier attrapa ma main, pour me donner le courage, sachant parfaitement que j'étais en pleine angoisse. Cela faisait cinq ans que je ne les avais pas vu, ils allaient forcément voir que quelque chose avait changé en moi, puisque j'avais complètement changé après ma mort, tant mentalement que physiquement. Mes pas me menèrent instinctivement vers la seule personne avec qui j'avais gardé contacte après mon « accident », ma mère.
- Ma chérie, je suis contente de te voir.
Malgré ces belles paroles, je sentais la tristesse dans sa voix. Ce n'était pas simplement une impression comme quand mon cœur battait encore, je sentais réellement l'odeur de la tristesse émaner de son corps tout entier, corps que je serais contre le mien. Mon visage vint s’enfouir dans son cou, alors que je prenais une grande inspiration. J'aimais son odeur qui me rappelait tellement la vie que j'avais avant que tout cela n'arrive, son parfum favori, l'odeur de sa lessive et de son shampoing. Elles virent toutes à mes narines surdéveloppement. Je me concentrais sur ces dernières, afin de ne pas sentir l'odeur de son sang parcourant ses veines fragiles, un coup de dents et elle serait morte dans mes bras. Mais ça n'arriverait pas, j'avais appris à me contrôler depuis le première jour où mon père de substitution m'avait emmené chez lui, je ne buvais pas de sang humain, jamais aucune goutte n'avait passé mes lèvres froides. J'aurais sans doute pu rester dans cette position pendant des heures, mais les cloches de l'église nous appelèrent pour l'enterrement.

Dans le silence, j'entrais lentement dans l'église. Devant moi, des amis de mon oncle plongèrent leurs doigts dans l'eau bénite de l'entrée afin de faire le signe de la croix sur leurs visages. Normalement, j'aurais dû le faire, mais je n'avais pas envie de me brûler la peau avec ce poison pour vampire. Je ne perdis pas plus de temps et alla directement m'installer sur l'un des bancs de l'église, au fond évidemment, Erwan s'installant à mes côtés. Les bancs se remplirent doucement, mais sûrement, mon oncle avait énormément de proches qui l'aimaient. Mon regard s'attarda un long moment sur mes cousins, les fils de mon oncle. Je n'imaginais que trop bien la peine qu'ils devaient avoir en ce moment, puisque j'étais passé par là il y a quelques années. La dernière fois que j'étais entrée dans une église, c'était pour l'enterrement de mon propre père. Une vague de sentiment m'envahit, en même temps que les souvenirs de la mort de mon père. C'était normal, les vampires avaient tendances à ressentir d'une manière décuplée les sentiments qui venaient de la vie humaine. Les images de mon passé de vivante me revinrent à l'esprit, le sourire et la voix de mon père envahissant ma tête. C'était un homme bien, que j'aimais à la folie. J'avais eu beaucoup de mal à accepter son décès, surtout qu'il était survenue si brutalement sans que je ne puisse avoir l'occasion de lui dire que je l'aimais, bien au contraire. Les derniers mots que je lui avais dits furent les pires que j'aurais pu prononcer.

- Je te déteste !
- Pardon ?
La voix grave de mon père s'était élevée dans le salon, alors que son regard dur ne me quittait pas. Je ne le haïssais pas vraiment, mais il m'énervait tellement. Comment osait-il m'interdire de sortir avec mon amie, simplement parce que j'avais eu une mauvaise note. C'était tellement disproportionné que j'avais envie de lui montrer son idiotie en lui disant que je le détestais. Sans que ma voix ne déraille, je prononçai les mêmes mots encore une fois.
- Je te déteste, je te hais, j'en ai marre de toi ! Tu m'énerve, tu es un père idiot !
- File dans ta chambre, je ne veux plus te voir.
Cela me fit que renforcer ma colère et je pris la direction de ma chambre, claquant la porte le plus fort possible pour l'ennuyer. J'entendis la porte de la maison claquer après la mienne, avant d'entendre le bruit de la voiture sortir de l'allée de notre maison. Ce fut la dernière fois que je vis mon père.

Le contact de la main d'Erwan me sortit de mes pensées, revenant difficilement à l'instant présent. La cérémonie avait commencé sans que je ne m'en rende compte, trop plongée dans mes souvenirs douloureux. J'avais souvent des absences de ce genre, Erwan en avait aussi parfois. C'était toujours un peu difficile de revenir, mais j'y parvenais quand même. Prenant une grande inspiration, je me consacrai à ce qui se passait devant mes yeux. Les hommages envers mon oncles étaient tous plus beaux les uns que les autres, les chants et récits choisis magnifiques. Cela lui correspondait plutôt bien, ils avaient fait du très bon travail. Je me retenais de pleurer, ne voulant pas me laisser submerger par mes sentiments, afin de ne pas perdre complètement le contrôle de mon esprit. Édouard, le vampire qui me servait de père aujourd'hui, m'avait mis en garde avant que je ne me rende à l'enterrement. C'était dans ce genre de moment qu'un jeune vampire avait tendance à perdre le contrôle, quand sa vie d'humain et d'immortelle se retrouvaient liée. Les souvenirs mêlés à la tristesse avaient tendance à faire un cocktail explosif. Après de longues minutes, les personnes présentes dans l'église commencèrent à se lever afin d'aller bénir une dernière fois le cercueil où reposait le corps de mon oncle avant qu'il ne prenne la direction du cimetière. Je n'avais pas prévu de me rendre là-bas, même si j'avais logiquement ma place auprès de ma famille. Cependant, après ces cinq années d'absence, je n'avais pas la force de me retrouver en petit comité avec eux. C'était donc le moment d'aller dire au revoir à mon oncle, avant de rentrer dans le cocon de ma nouvelle vie.

Lentement, je me levais de mon banc et m'avançais dans l'allée centrale vers le cercueil. Je me déplaçais comme n'importe quelle humaine, ni trop vite, ni trop lentement. Je pensais à régulièrement cligner des yeux, même si mes lunettes de soleil les cachaient toujours, et à remuer des épaules pour faire croire que je respirais. En réalité, je respirais vraiment, mais trop rapidement pour que les humains aperçoivent le mouvement. Mais de l'air entrait bien dans mes poumons, me permettant de sentir toutes les odeurs différentes présentes dans la salle. Ce n'était que des petits détails que je faisais pour paraître humaine, mais ils étaient importants. Je ne pensais pas que quelqu'un allait remarquer quelque chose en ce moment, mais il valait tout de même mieux ne pas attirer l'attention des gens. Et puis, j'avais pris cette habitude depuis le début de ma nouvelle vie. Après tout, je continuais de vivre parmi les humains, il était donc important que je sache me comporter comme eux même s'il était terriblement frustrant de se canaliser parfois. Ils étaient tellement lents, tellement faible. Après quelques pas, je me retrouvais devant le cercueil de mon oncle. Il était fermé, ce qui était une très bonne chose. J'aurais aimé le voir une dernière fois, mais c'était bien mieux que je ne me retrouve pas devant son corps. Mes yeux se posèrent sur le petit bol avec de l'eau bénite que j'étais censé lancer sur le cercueil. Je l'aurais fait normalement, je l'avais fait pour mon père, mais là je n'arrivais pas. J'avais déjà eu l'occasion d'expérimenter le contact de cette eau sur ma peau et je n'avais vraiment pas envie de retenter l'expérience. Prenant une grande inspiration, je me contentai donc de déposer un baiser sur le cercueil avec ma main. J'avais souvent vu des membres non croyant de ma famille faire ce geste, je le trouvais très bien pour ma situation actuel. Sans un mot de plus, je pris la direction de la porte de l'église, heureuse de pouvoir retrouver l'air frais de l'extérieur.
- Emy, tu te sens comment ?
Erwan avait toujours ce ton inquiet dans la voix, le fait de me voir quitter rapidement l'église n'avait pas dû le rassurer. Je le comprends, j'avais dû prendre sur moi pour ne pas sortir en vitesse de vampire. J'y étais parvenue, la preuve que je me contrôlais encore parfaitement.
- Ça va vraiment, j'avais juste grand besoin de prendre l'air.
- Tu veux rentrer, ou rester un peu pour voir ta famille ?
C'était une bonne question à laquelle je ne pouvais pas répondre. L'idée de rester un peu me tentait et m'effrayait en même temps. Je ne savais vraiment pas si c'était une bonne idée. Les nuages avaient décidés de partir semble-t-il, je savais que je ne supporterais pas encore bien longtemps le contacte du soleil sur ma peau. Les vampires qui brûlaient au soleil, c'était bon pour les histoires à faire peur. Je n'aimais pas trop sentir les rayons du soleil sur ma peau, elle avait tendance à brûler un peu, mais je n'allais pas mourir pour autant. Du moins, il n'y avait jamais assez de soleil ici de toute façon pour tuer vraiment un vampire. Mais bon, cela me donnait une bonne excuse pour partir d'ici. Je ne savais pas si j'étais capable de pouvoir parler aux membres de ma famille, après toutes ces années. Je voulais donc partir, mais je n'eus pas besoin de me retourner pour sentir la présence de l'un d'entre eux derrière moi. On ne pouvait pas dire qu'elle marchait discrètement et je l'avais entendu approcher depuis la porte de l'église, son odeur m'aidant à connaître son identité. J'avais espéré qu'elle ne m'adresse pas la parole.
- Ça fait longtemps Émilie !
Dans un geste lent, je me retournai vers ma cousine Marion. Nous n'avions que deux ans d'écart et étions plutôt proche quand j'étais encore vivante. Nous nous voyons assez souvent et elle était devenue plus une amie qu'une cousine. Sauf que je ne lui avais pas donné de nouvelle depuis mon accident.
- Oui c'est vrai, plusieurs années.
Je lui souris un peu, me sentant gêné. Je n'arrivais pas vraiment à détecter ce qu'elle ressentait en ce moment précis, mais je ne trouvais pas vraiment son regard sympathique.
- C'est tout ce que tu as à dire ? Après tous ce temps ? Et c'est quoi ce look ? Tu nous l'as joue gothique maintenant ?
Je n'étais pas étonnée de la réaction de Marion, après tous j'avais disparu du jour au lendemain. Plusieurs fois, j'avais voulu aller la trouver pour lui raconter ce qui m'était arrivé, mais je devais protéger mon secret et celle de ma nouvelle famille. Marion ne pouvait pas le comprendre, mais j'étais morte il y a cinq ans et celle qu'elle avait en face d'elle était une tout autre personne. J'entendis Erwan pouffer de rire dans mon dos :
- Gothique ? Non, on est au-dessus de ça.
Je n'avais pas cherché spécialement à ressembler à une gothique non, mais j'en avais un peu le look en ce moment en effet. Ma transformation avait considérablement pâlit ma peau qui contrasté en ce moment avec les habits noirs que j'avais mis pour l'occasion. Mon corps avait changé aussi, j'étais bien plus fine qu'autrefois. Quand j'étais encore humaine, j'étais légèrement enrobée. Je n'étais pas complexée à l'époque de mon physique, mais il fallait bien avouer que j'étais bien plus belle aujourd'hui. En même temps, mon corps entier avait changé dans l'optique de séduire les humains. C'était le but d'une vie de vampire, pouvoir attirer des humains dans nos filets afin de les vider de leur sang. Avec les années, je m'étais habitué à mon physique. Pour Marion cependant, cela devait être un choc.
- Et tu es qui toi ? Son mec ?
Les yeux assassins de ma cousine se posèrent sur moi avant qu'elle ne reprenne.
- C'est pour lui que tu as coupé les ponts ? Il t'a fait tomber dans la drogue c'est ça ? Je sais bien que ta mère nous cache des choses, elle ne veut rien nous dire sur ce que tu deviens. Elle doit avoir trop honte.
- Marion, soupirais-je. Ma mère n'a rien à vous dire, c'est pour cela qu'elle ne vous dit rien. En fait, il n'y a juste rien à dire. Ma vie a pris un tournant différent, c'est tout.
Ils pouvaient poser toutes les questions qu'ils voulaient à ma mère, elle ne pourrait rien dire. Elle ne savait rien en fait, elle acceptait simplement la situation parce qu’Édouard avait usé de ses pouvoirs sur elle. Ma mère ne savait pas ce que j'étais, elle n'en avait pas conscience et ne s'en rendrait jamais compte tant que la magie de mon père de substitution l'affectée. Quelqu'un pouvait bien lui affirmer que j'étais un vampire, elle ne le croirait jamais, même avec des preuves en bétons.  Elle me laissait vivre tranquille du coup, comprenant que pour mon bien j'avais dû aller vivre ailleurs. En réalité, c'était surtout pour son bien à elle que j'étais parti vivre avec les autres vampires. J'avais eu peur de la mordre un jour par mégarde, les premiers jours après ma transformation furent particulièrement difficiles.
- Tu es vraiment égoïste !
Je pouvais sentir un tas de choses émaner de ma cousine, de la tristesse mais aussi de la colère. Elle m'en voulait et je la comprenais. A sa place, j'aurais sans aucun doute été en colère aussi si elle m'avait abandonné. Mais je ne pouvais rien lui dire.
- Allez viens Emy, me souffla Erwan en prenant ma main.
Sans un mot de plus, je me retournais et prit la direction de la moto avec laquelle nous étions arrivés.

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mer 25 Fév - 1:35

Quel bonheur de relire ce premier chapitre
J'adore toujours autant. J'aime le don que tu as pour créer immédiatement des personnages auxquels on peut s'identifier et s'attacher. Et ce que j'adore te lire
J'ai vraiment hâte de lire la suite !!!
(Et avant que tu dises le contraire, sisi je suis objective )

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Mon coeur est fait de poudre il n'attend qu'une étincelle.

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mer 25 Fév - 10:30

Merciii
*Va défaillir*

(J'ai un doute quand même )

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mer 25 Fév - 23:03

J'aime j'aime j'aime j'aime
J'ai hâte de lire la suite !! Very Happy
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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mer 25 Fév - 23:05

Merci

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Lun 9 Mar - 1:15

Je t'avais dit que je lirais ! (Je suis juste lente, comme d'habitude Razz)
J'adore ! C'est tellement bien écrit !
J'ai hâte de voir la suite
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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Lun 9 Mar - 13:07

Je t'avais dis que c'était pas la peine
Merci

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Les belles actions sont un peu comme les sirènes: il ne faut voir ni les fins des unes ni les queues des autres.
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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Dim 29 Mar - 21:08

Et voila la suite Very Happy


LA LUNE DE SANG


Chapitre 2


Nous n'avions pas mis longtemps à rentrer chez nous, normal au vu de la vitesse avec laquelle Erwan avait conduit la moto. S'il y avait bien une chose que la vie de vampire avantageait, c'était ça. Nous ne craignions pas les accidents, après tous ce n'était pas cela qui allait nous tuer, ainsi que les contrôles de polices. Si jamais on se faisait arrêter, ce qui arrivait parfois, Erwan savait toujours y faire pour hypnotiser les policiers et éviter que nous aillions des soucis. Je n'y parvenais pas personnellement, c'était un exercice qui me faisait énormément défaut. Cela ne faisait pas beaucoup d'année que j'étais un vampire et surtout, je n'avais jamais bu de sang humain. Édouard m'avait dit qu'il était préférable que je reste moi-même, de ne de pas succomber à la tentation du sang humain. C'était difficile, mais j'y arrivais assez bien. Comme jamais aucune goutte de ce délice n'avait traversé l'entrée de mes lèvres, je ne ressentais pas de manque. Les autres vampires avec qui je vivais ne buvaient pas de sang humain non plus, mais cela leur été déjà arrivé. Ils avaient dû passer par un grand exercice sur eux même pour arrêter. C'était pire qu'une drogue. Malheureusement, ne pas boire du sang humain nous rendait plus faible. Et donc par conséquence, j'étais un vampire assez faible par rapport aux autres. Comparé aux humains, je restais supérieur en force et en vitesse, mais cela n'avait rien à voir avec ce que les miens pouvaient faire. Enfin, tout cela n’était que des détails. Je ne me formalisais pas trop sur le fait d’être moins puissante que les miens, après tout on ne pouvait pas dire que la force vampire me servait au quotidien.
- Vous rentrez tôt !
Mon regard se porta sur l’homme qui se tenait à la porte de cette maison où je vivais, c’était Paul. Il était grand, c’était sans aucun doute la personne la plus grande qui m’avait été donné de rencontrer. Ses cheveux mi long lui tombait sur ses épaules et était clair comme le soleil. Il avait l’un de ces physiques qui avaient tendance à faire tomber toutes les filles autour de lui, normal pour un vampire. J’aurais pu le trouver à mon goût, s’il n’avait pas tendance à m’énerver au plus haut point.
- Qu’est-ce que ça peut te faire ? Répliquais-je d’un ton sec.
On ne pouvait pas vraiment dire que je faisais beaucoup d’effort non plus, mais il n’était pas tendre avec moi depuis mon arrivée. D’ailleurs, il m’avait bien fait comprendre dès le début que cela ne lui plaisait pas de m’avoir dans la « famille ».
- Je disais ça juste comme ça.
Je l’observais soulever ses épaules et s’éloigner dans la rue. Je me demandais bien où il allait, mais je ne m’abaissai pas à le lui demander. Erwan me lança un regard amusé, rentrant rapidement chez nous avant que je ne lance mon poing dans son épaule.

Quand je franchis enfin les portes de ma maison, je sentis un énorme poids quitter mes épaules. Ici, je pouvais être tout simplement moi-même. Je n’avais pas besoin d’agir comme une humaine, de peur que quelqu’un ne remarque quelque chose d’étrange. Je me laissai complètement aller, au point de ne même pas sentir Edouard arriver. Ce fut quand Erwan tourna son regard vers notre « père » que je compris qu'il était présent. J'avais encore énormément de chose à apprendre visiblement. Mon regard se tourna alors vers le vampire, trouvant ses yeux et plongeant dedans. Edouard avait une influence incroyable sur moi, sa présence était tellement agréable et me rendait à chaque fois sereine.
- Cela c'est bien passé ?
Sa voix était douce et envoutante, j'avais bien envie de me perdre complètement dedans. Mes yeux s’étaient baissés vers sa bouche, si désirable. Je n'en revenais pas à chaque fois de penser cela dès que je le voyais, mais je n'y pouvais rien. Cela venait de son aura de vampire, je le savais bien, il l'avait usé un tas de fois devant moi. Et puis, il avait beau être vieux, il avait le physique d'un homme simplement âgé d'une trentaine d'années.
- Oui..., répondis-je dans un souffle.
- Bien... bien.
Et sans ajouter le moindre mot, il s'éloigna en faisant preuve d'une incroyable lenteur. Mon regard ne quittait pas son corps qui se mouvait à peine pour se déplacer. Erwan s'approcha de moi et passa une main dans mes cheveux, avant de s'éloigner à son tour pour rejoindre les étages de la maison dans laquelle nous vivions. Je restai un instant sans bouger avant de rejoindre à mon tour les étages et d'entrer dans ma chambre. C'était un mythe de penser que les vampires n'avaient pas besoin de dormir, je le faisais encore assez régulièrement. Beaucoup moins que quand j'étais humaine, mais je dormais quand même. Surtout après des efforts importants comme ceux que je venais de faire. Je m’installai dans mon lit, me laissant emporter par le sommeil.

Il y a cinq ans :

Mon regard se perdait dans le paysage qui défilait sous mes yeux, alors que le car s'approchait de ma destination. J'avais enfoncé mes écouteurs dans mes oreilles, me laissant emporter par ma musique. Je venais de passer une journée entière en cours, j'étais complètement éreinté. J'avais tellement envie de rentrer chez moi, pouvoir retrouver la chaleur de la maison avant de reprendre les cours le lendemain. Quand le car s'arrêta, je me levais de mon siège pour sortir. Le froid de l'hiver refroidit mes joues en un instant, malgré le gros manteau que je portais. La nuit était déjà bien tombée, les journées étaient courtes pendant l'hiver. Ce n'était pas un souci en soi, le chemin de mon village était suffisamment éclairé pour que je puisse me déplacer sans aucun souci. Je commençai donc mon chemin comme d'habitude.

Quand j'arrivais au niveau d'un champ que je croisais tous les jours, mon regard se porta vers lui. Il y avait un cheval qui vivait dans ce champ et chaque fois que quelqu'un passait, il avait l'habitude de s'approcher de la barrière. Il le faisait donc avec moi, mais pas ce soir. Je m'arrêtais un instant, cherchant du regard ce cheval qui ne se montrait pas. C'était étrange, il était toujours là d'habitude. Enfin, puisqu'il n'était pas là, je n'allais pas m'attarder, j'avais hâte de rentrer chez moi. Je n'avais fait que quelques pas avant de m'arrêter de nouveau, parcouru par un frisson glacial. Je ne savais pas trop pourquoi, mais je me mis à avoir peur, très peur. Inspirant fortement, je repris mon chemin plus rapidement qu'avant. Je n'étais qu'à quelques mètres de chez moi, à quelques pas de la chaleur de mon foyer. Mais je n'arrivais jamais à destination. Une ombre passa devant moi, une grande douleur dans mon cou et plus rien.

Je ne savais pas combien de temps j'étais resté inconsciente, mais quand je me réveillai, j'étais allongée près des poubelles que j'avais croisé sur mon chemin. J'étais bien incapable de dire ce qui m'était arrivé, combien de temps s'était écoulé. J'avais atrocement mal à la tête, un peu partout d'ailleurs. Je me levais péniblement, mon corps répondant difficilement à mes attentes. Heureusement, je ne mis pas longtemps avant d'arriver devant la maison de la maison où je vivais, l'ouvrant grâce à mes clefs. La maison était plongée dans le noir, ma mère n'était pas présente. Elle travaillait énormément pour que je puisse avoir une vie décente depuis la mort de mon père. Elle rentrait donc tard les soirs de la semaine, me laissant seule du coup. Ce n'était pas un souci, je savais parfaitement me débrouiller toute seule et je devais bien avouer qu'en ce moment même, j'étais bien contente qu'elle ne soit pas là. Je ne jetai qu'un rapide coup d'œil au mot que ma mère m'avait laissé avant de partir au travail, m'indiquant ce que je pouvais manger pour mon repas du soir. Visiblement, je n'avais pas faim du tout et rien que l'idée de manger me donnait la nausée. J'étais surtout fatiguée, je décidais donc de monter dans ma chambre et d'aller me coucher. Avant de rejoindre mon lit, je fis un rapide passage dans la salle de bain. J'ouvris grand les yeux en voyant la trainée de sang sur mon manteau et sur mon cou. En tournant la tête, je sentis mon cœur s'emballer quand je vis deux trous dans mon cou. Instinctivement je posais mes doigts sur la plaie, le sang était sec depuis un moment apparemment. Je ne comprenais vraiment rien de ce qui était en train de m'arriver. Rapidement je pris un gant de toilette pour nettoyer ma peau, après avoir laissé négligemment mon manteau sur le sol. Le sang ne fut pas vraiment difficile à nettoyer, mais la plaie était encore bien présente. Cependant, j'étais bien trop fatiguée pour faire quoi que ce soit de plus, j’allai donc dans ma chambre pour m'allonger lourdement sur le lit. Un simple regard vers mon réveille m'indiqua qu'il était très tard, mais je n’eus pas le temps de me prendre la tête puisque je m'enfonçais dans le sommeil.

Je crois que ces quelques instants de sommeil furent les plus difficiles de ma vie. Je me réveillais régulièrement, mon corps remplit de courbature. J'avais chaud, tellement chaud que le contacte de ma couverture me faisait souffrir. Mais cela ne fut rien en comparaison du moment où le soleil remplit la chambre, me brulant les rétines. J'avais l'impression que ma tête allait exploser, je ne pouvais clairement pas aller en cours aujourd'hui. J'entendais distinctement ma mère en train de préparer le petit déjeuné en bas, comme jamais je ne l'avais entendu encore. Je savais bien que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose aujourd'hui, mais encore moins rester allongée dans mon lit. Je me levais donc, péniblement, et descendit les escaliers pour rejoindre ma mère dans la cuisine.
- Oh mon lapin, c'est quoi cette tête ?
Ma mère s'approcha rapidement de moi, posant une main sur mon front chaud.
- Je ne me sens pas très bien non...
Pas très bien était assez faible par rapport à la vérité. Mais je ne me voyais pas dire à ma mère que j'avais l'impression que mon corps avait envie de se faire la malle.
- Je vois ça, tu es brulantes ma puce. Tu ne vas pas aller en cours toi aujourd'hui, je veux que tu restes te reposer.
J’adressai un sourire à ma mère, elle avait toujours eu tendance à être un peu trop mère poule, mais il fallait bien dire que c'était plaisant de temps en temps de se faire dorloter. Je ne quittais pas du regard ma mère me préparant un bol de céréales comme tous les matins, ne sachant pas vraiment si j'avais envie de manger. Je restai un moment à observer les céréales se noyer dans le lait avant de plonger ma cuillère et d'enfin en manger un peu, surtout pour faire plaisir à ma mère.

Mais à peine les quelques céréales que j'avais avalé arrivèrent dans mon estomac, je sentis tous remonter. Je courus rapidement vers les toilettes avant de vider mes tripes. Je vomissais le peu que j'avais mangé, mais pas seulement. Du sang également, il y en avait plein. Et j'étais bien heureuse que ma mère ne soit pas trop à l'aise avec le vomi et n'avait pas l'intention de me tenir la tête. Tout était étrange, je ne comprenais vraiment pas ce qui était en train de m'arriver. Cela ne dura que quelques minutes et je n'eus aucun mal à effacer les traces en tirant la chasse d'eau. Il était sans doute plus raisonnable que je retourne dans ma chambre, mais je me dirigeai vers la cuisine.
- Je vais appeler le médecin, tu n'es vraiment pas bien.
Je ne répondis rien, me contentant d'observer ma mère. Je sentais le gout du sang dans ma bouche, la forte teneur en fer. C'était étrange, je pouvais voir les veines de ma mère, le sang qui coulait à l'intérieur. Sans que je ne m'en rende vraiment compte, je m'approchai d'elle, lentement, doucement, comme un animal devant une proie. Mon regard ne quittait pas son cou, j'étais tellement concentrée que je sursautai quand la sonnette de la porte retentit. Reprenant mon souffle, je m'installai sur l'une des chaises alors que ma mère se dirigeait vers la porte d'entrée.

Ce fut un homme qui entra dans la maison, ma mère lui laissant le champ libre. A peine mon regard se posa sur lui, je me sentis comme envoutée. Il était d'une telle beauté. Je voyais ses lèvres remuer puisqu'il parlait à ma mère, mais j'étais bien incapable d'entendre ce qu'il disait. Pourtant, je ne me situais pas bien loin d'eux. Même en tendant un peu l'oreille, je n'y arrivais pas. L'homme avait plongé son regard dans celui de ma mère, qui ne bougeait pas d'un cil. Puis, au bout de quelques secondes il s'approcha de moi.
- Je suis là pour t'aider.
Ce fut au tour de mon regard de se perdre dans le sien. J'avais tellement envie de le croire, même si quelque chose au fond de moi me disait de me méfier.
- M'aider pourquoi ?
Il sourit, simplement. Pendant quelques secondes, il n'y avait plus que le silence et son sourire. Ma mère de son côté était retournée dans la cuisine, s'occupant comme elle faisait d'habitude ne prêtant pas du tout attention à la présence de l'homme. Mon regard resta un moment sur ma mère, alors que le gout du sang revenait dans ma bouche.
- Qu’est-ce qui m'arrive ?
Je reportai mes yeux sur l'inconnu, qui n'avait pas arrêté de sourire.
- Tu as été attaqué par l'un de mien. Répondit-il simplement, ne me donnant pas plus de réponse. Elle ne nous entend pas, nous pouvons parler librement.
Je sursautai en entendant ses paroles, c'était comme s'il avait lu dans mes pensées. Je trouvais cela tellement étrange, mais en même temps rassurant. Je savais bien que la discussion que nous allions avoir ne devait pas être entendu par ma mère.
- L'un des vôtres ?
- C'est ça.
Je soupirai, cela commençait à m'énerver légèrement de ne pas obtenir de réponse plus précise de la part de cet inconnu. Il devait savoir des choses pourtant, il se trouvait chez moi ce matin, il était donc au courant de ce qui s'était passé seulement quelques heures avant.
- Qui êtes-vous ?
- Je me nomme Edouard, je suis là pour t'aider.
Encore une fois, on ne pouvait pas vraiment dire qu'il m’aidait. Je connaissais son nom déjà, c'était une bonne chose. Mais ma question ne portait pas vraiment sur son nom.
- Et... Qu'êtes-vous ?
- Tu connais la réponse.
Cela continuait, il ne me répondait pas comme je le désirais. La seule chose qu'il faisait, c'était guider un peu la réflexion de mon esprit. Je crois que je connaissais la réponse oui, parce que comme tout le monde je connaissais quelques histoires paranormales. Cependant, je ne pouvais pas croire ce qui était en train de traverser mon esprit, c'était tellement irréel. Je tournai mes yeux de nouveau vers ma mère, qui ne prêtait vraiment pas attention à notre présence. Comme si elle ne nous voyait pas en fait, comme si nous n'étions pas dans la même pièce qu'elle. Je me demandais bien ce que cet Edouard avait pu lui faire. De l'hypnose peut-être ?
- Est-ce que je suis... morte ? Demandai-je sans quitter du regard ma mère.
- Oui.
- C'est vraiment ce que je crois ? Mes yeux plongèrent dans ceux de l'homme et ce fut comme s'il parvenait à entrer dans mon esprit.
- Oui.
Ainsi donc, j'étais un vampire.

Nous avons énormément parlé après ces quelques mots, Edouard se montrant bien plus bavard pour mon plus grand bonheur. Il m'expliqua énormément de chose sur ma nouvelle condition, même si j'avais encore beaucoup de mal à réaliser ce qui m'arrivait. Les vampires, je n'avais jamais pensé qu'ils puissent réellement exister. Le pire, c'était que j'avais toujours été fasciné par ces buveurs de sang, mais sans penser que je puisse en devenir un, un jour. Edouard en profita pour m'expliquer également qui était ce vampire qui m'avait attaqué la veille, l'un de ceux qui avait tendance à déraper. Il n'y avait pas vraiment de règle apparemment, mais les vampires devaient quand même faire attention, afin de ne pas être découvert. Il avait payé les conséquences de ses actes d'ailleurs, Edouard et sa "famille" s'en était occupé. L'homme me proposa ensuite de venir avec lui, de l'accompagner pour que je puisse vivre en sa compagnie.

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Lun 30 Mar - 12:49

J'adoooore
J'aime beaucoup l'alternance entre la situation présente et le flash back, et la description des sensations de la narratrice quand elle se découvre vampire, c'est super prenant, et de nouveau, tu crées des personnages auxquels on a immédiatement envie de s'intéresser et de s'attacher !
Tu écris trop bien ma déesse

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Lun 30 Mar - 13:11

Han merciiii
T'imagine même pas comme je suis trop touchée

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Lun 30 Mar - 19:10

je ne l'avais pas encore lu jusqu'à maintenant (c'est bon allez-y sortez les fouets, je suis prête^^) mais j'avoue que maintenant que je m'y suis mise, j'ai envie d'attendre la suite.

Les personnages sont rapidement mit en place sans pour autant qu'il y ai de "lourdeur" dans leurs descriptions, c'est plutôt agréable.

Alors vivement la suite Wink
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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Lun 30 Mar - 19:46

Merci

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mar 31 Mar - 13:54

Suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite !!!! Very Happy

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Ven 17 Avr - 0:22

LA LUNE DE SANG


Chapitre 3


Depuis ce jour, je vis avec eux. Au début, j'avais coupé les ponts avec ma vie d'humaine. Edouard avait utilisé ses pouvoirs pour que ma mère pense que j'étais parti faire des études loin de la maison. Les premiers temps, il m'était impossible de la voir sans avoir envie de la mordre pour boire son sang. Ce fut long, mais j'ai fini par être plus forte que la soif. A partir de ce moment, j'ai recommencé à voir ma mère. Au début de temps en temps et maintenant toutes les semaines. Je venais manger chez elle un soir par semaine, avec Erwan. Je ne savais pas pourquoi, mais mon nouveau frère semblait adorer ma mère. Sans doute parce qu'elle était ce qu'on pouvait appeler une mère poule, toujours au petit soin. Les pouvoirs d'Edouard ont permis de lui faire croire une histoire, mais cela ne l'a pas changé pour autant. Ma mère était toujours la même.

Ce fut la sonnerie de mon téléphone qui me sortit de mon sommeil. Je l'avais réglé pour qu'il sonne une heure avant chaque repas que je devais partager avec ma mère. Sans lui, j'aurais sans aucun doute dormi quelques heures de plus et raté le rendez-vous hebdomadaire chez ma mère. Je trouvais cela important de ne pas l'inquiéter pour rien. Elle n'allait pas paniquer de ne pas me voir venir, Edouard avait tout fait pour qu'elle supporte mon absence au cas où. Mais je n'aimais quand même pas l'idée de la laisser, de rater l'un de nos rendez-vous. Elle était le dernier lien qui me restait de ma vie d'autrefois, celle que j'avais beaucoup de mal à quitter et oublier. J'avais donc encore une heure devant moi pour me préparer. Le soleil n'était pas encore couché, mais n'allait pas tarder à disparaitre derrière l'horizon. Le jour ne durait pas très longtemps en hiver, cela ne me dérangeait pas plus que cela maintenant. Autrefois j'aurais évidemment râlé sur le fait qu'il faisait nuit, qu'il faisait froid, mais cela m'était bien égale aujourd'hui.

Tranquillement, je me levai de mon lit et enfilai une tenue propre, avant de descendre. Je n'avais pas besoin de rejoindre la cuisine pour savoir qu'Erwan s'y trouvait déjà en compagnie de Paul. Je les avais entendus brailler de ma chambre, on ne pouvait rien cacher à personne dans cette maison. Je les entendais, ils m'entendaient, personne ne pouvait avoir de secret chez les vampires. Erwan se trouvait proche de la porte de la cuisine quand j'entrai, il s'approcha de moi pour me prendre dans ses bras. Il était tout excité à l'idée de se rendre chez ma mère, comme d'habitude.
- Il faut que tu te nourrices avant de partir.
- Je sais, lui répondis-je dans un souffle.
Je ne savais pas pourquoi il prenait encore la peine de me faire la même recommandation à chaque fois qu'on allait chez ma mère. J'avais l'habitude maintenant et je n'avais pas besoin qu'il me rappelle de me nourrir pour le faire. Je devais le faire à chaque fois que je pensais croiser des humains de toute façon. En tant que jeune vampire, j'étais bien plus assoiffée que le reste de ma famille. Sans adresser le moindre regard à Paul, je m'approchai du frigo où était stocké le sang frais, rien qu'en ouvrant ne la porte et en voyant les poches pleines de sang, je sentis la salive envahir ma bouche. J'avais plus soif que je ne le pensais en réalité. Je déversais le contenu d'une des poches dans une tasse quand j'entendis la voix de Paul s'élever derrière moi.
- Pourquoi tu continues à aller la voir ?
Paul n'avait jamais compris pourquoi je tenais à avoir une relation presque normale avec ma mère. En même temps, cet idiot ne comprenait pas grand-chose.
- Parce que c'est ma mère.
- Et alors ? Tu n'es plus toi.
Il n'avait pas tort dans un sens, j'étais morte ce jour-là. Je le savais, il serait mieux pour tout le monde que je coupe les ponts, mais j'étais tout bonnement incapable de le faire, pas en la sachant si proche de moi. Peut-être que si j'avais quitté la région, cela aurait été plus simple. Cependant, je ne pouvais pas le savoir puisque je vivais encore proche d'elle. Je ne pouvais me résoudre à quitter ma nouvelle famille, à me retrouver complètement seule.
- Et alors ?
Paul leva les épaule avant de se lever tout court et de quitter la pièce. On ne se comprenait vraiment pas tous les deux. Mais il ne faisait aucun effort non plus, il ne se rendait pas compte que je n'étais finalement qu'un bébé. Je ne savais pas depuis combien de temps il était un vampire, mais je savais que c'était depuis plusieurs centaines d'années. Il en avait vu des choses par conséquences, alors que moi je n'avais que mes pauvres cinq année d'immortalité en poche et mes vingt ans d'humaine insignifiante. Erwan m'adressa un sourire, il essayait le plus possible de ne jamais prendre parti entre nous, mais cela m'aurait bien arrangé qu'il me défende un peu. S'il pouvait expliquer à cet idiot que je n'avais aucune envie de perdre ma mère, que je l'aimais trop pour ça.

Erwan et moi arrivions à l'heure chez ma mère. Par habitude, je sonnai à la porte et entrai sans attendre qu'elle vienne m'ouvrir. Sauf qu'aujourd'hui, je ne la vis pas dans le couloir comme d'habitude. Sans savoir pourquoi, tous mes sens furent en alerte, alors qu'une odeur particulière arriva à mes narines. C'était un mélange de chien mouillé, de boue et d'autre chose que je ne parvenais pas à décrire. Je ne savais pas à quoi cela pouvait correspondre, mais je n'aimais clairement pas cette odeur. Erwan non plus apparemment, vu la manière dont il attrapa mon bras, enfonçant presque ses ongles dans ma peau.
- Des loups...
Sa voix était cassée, inaudible pour un humain qui se serait retrouvé juste à côté de lui. Je sentais la peur l'envahir, c'était bien la première fois que je le voyais dans un tel état. Je mis quelques secondes à comprendre ce qu'il entendait par ces deux mots, avant que cela ne me saute à l'esprit.
- Des loups-garous ?
Il ne répondit pas, se contentant d'un hochement de la tête. Sans plus attendre, je me précipitai dans la maison. Je savais où elle se trouvait, je sentais son odeur et j'entendais sa voix. Elle était dans le jardin et la porte vitrée ouverte me conforta dans cette idée. Je ne me stoppai qu'en voyant ma mère discutant tranquillement avec un homme et une jeune femme, juste à côté d'un barbecue. Erwan était juste derrière moi, observant la scène aussi étonné que moi. L'odeur des loups venait d'eux, je la sentais encore plus fortement. Je ne savais pas comment, mais je savais qu'ils étaient des garous, c'était presque instinctif. Comme si des warning dans ma tête me prévenaient que je devais me casser de cet endroit.

Les histoires humaines de guerre entre les loups-garous et les vampires n'étaient pas fausses, bien au contraire. Je ne connaissais pas les détails, cela datait d'une époque bien lointaine, mais Edouard avait pris soin de m'enseigner quelques basses de l'histoire de ma race. Nous avions été en guerre contre eux, depuis la nuit des temps et cela pendant une éternité. Ce ne fut que quand les humains devinrent bien plus intelligents et forts qu'un traité de paix avait été établie entre les deux races. Il y avait la technologie aujourd'hui, les gens n'avaient plus peur de ces histoires de fantômes, tout le monde devait donc se montrer prudent pour ne pas se faire découvrir. C'était pour cela qu'il n'y avait plus de guerre direct avec les loups-garous, mais ce n'était pas pour autant qu'un vampire les aimait. En fait, le souci venait sans doute du fait qu'ils étaient plus que mortel pour nous. Ce n'était pas vraiment juste à mes yeux, mais une simple morsure de loup pouvait tuer n'importe quel vampire, dans d'atroce souffrance apparemment. Je n'avais encore jamais rencontré de loup, je ne savais donc pas ce que cela faisait quand on se faisait mordre, mais je voulais bien croire que cela ne m'amuserais pas. Edouard m'avait fait suffisamment peur pour cela.

Ma mère comprit enfin que j'étais là et s'approcha aussi rapidement qu'elle le pouvait de moi, me prenant dans ses bras. J'inspirai fort alors que ma tête s'était de nouveau calée dans son cou, elle sentait le loup-garou. Je ne savais pas ce qu'elle faisait avec ces personnes, mais ça ne me plaisait pas du tout.
- Mon lapin, toujours à l'heure ! Dit-elle en me relâchant. Je te présente Sébastien et sa fille Lexie.
Je n’adressai qu'un rapide coup d'œil aux loups avant de reporter mon regard sur ma mère. Elle semblait aller bien, il n'y avait pas grand-chose de différent chez elle. Sauf peut-être qu'elle souriait un peu plus.
- Je les ai rencontré au marché tout à l'heure, reprit-elle. Nous avons discuté un peu et je les ai invités à diner avec nous. Ils se sont proposé de s'occuper du barbecue.
Sans ajouter plus de mot, elle s'approcha d'Erwan pour le serrer également dans ses bras, avant d'aller vers la maison pour sans doute aller chercher ce qu'elle avait prévu de faire cuir sur le feu. Je ne quittai pas les deux inconnus des yeux, n'aimant clairement pas leurs présences.
- Je ne m'attendais pas à  ce que la fameuse Emilie soit un vampire. Si j'avais su...
La voix et le ton de Sébastien ne me disait rien qui vaille, je n'aimais pas du tout ça façon de m'adresser la parole. Erwan non plus apparemment, qui se décala un peu devant moi comme pour me protéger. Nous nous contentions de nous fixer jusqu'au retour de ma mère.

Ma mère nous invita à nous installer tous à table, après que la viande ait fini de cuir. Elle avait installé la table dans le jardin, pour que nous puissions profiter de la belle soirée. Je ne me sentais vraiment pas à l’aise en compagnie de ces loups-garous, je pouvais parfaitement sentir la tension d’Erwan également. Les discussions battaient leurs pleins entre ma mère et Sébastien, ils parlaient de tous et de n’importe quoi. Je n’aimais pas vraiment ce que j’étais en train de voir, c’était la première fois que je voyais ma mère discuter de cette manière avec un homme depuis le décès de mon père. En temps normal, cela ne m’aurait sans doute pas dérangé, mais la situation était quand même très compliquée. Alors qu’ils commençaient à parler du dessert que ma mère avait préparé pour ce dîner, mon regard se porta sur Lexie. Elle me regardait en souriant, ne disant aucun mot comme moi, mais elle souriait. Elle me mettait mal à l’aise, mais je ne savais pas pourquoi. Si c’était simplement parce qu’elle était une louve et que j’avais cette apriori à cause des histoires que mes pairs m’avaient raconté, ou si c’était la façon dont elle me regardait. J’avais beaucoup de facilité à me perdre dans ses yeux bruns, beaucoup trop.
- Alors Emilie, votre mère nous a dit que vous faisiez des études de commerce ?
- Oui c’est ce que je fais. Répondis-je en tournant mon regard vers Sébastien, c’était effectivement l’excuse qu’Edouard avait inscrit dans l’esprit de ma mère pour justifier mes absences et le fait que je ne vivais plus chez elle.
- C’est intéressant ?
- Oui, très.
Le ton de ma voix était un peu trop froid, parce que je n’aimais pas parler de ma vie d’humaine qui n’existait pas et encore moins avec cet homme. Il se trouvait chez ma mère, sur qui je me découvrais un esprit de protection intense, et c’était un loup-garou.
- Papa, tu ne devrais pas l’ennuyer avec ses cours, elle n’est pas là pour ça.
Quelque chose me perturbait dans la manière dont elle avait prononcé le mot « papa », comme si ce n’était pas convainquant.
- Emilie n’aime pas vraiment parler de ses études, mais je sais qu’elle s’en sort à merveille.
C’était surtout pour cela que je n’aimais pas mentionner ce mensonge, parce que ma mère y croyait dur comme fer et qu’elle était fière de moi pour ça. Je savais que je n’avais pas le choix, que je devais la protéger en restant loin d’elle et ce mensonge était la meilleure solution pour qu’elle ne souffre pas.

La discussion avait continué un long moment avant que finalement, les deux loups-garous prennent congé. Ce fut comme si mon corps tout entier s’était détendu au moment où ils avaient passé la porte. Erwan aussi sembla aller mieux et donc, l’atmosphère perdit de sa tension. Normalement, je ne resterais pas beaucoup plus longtemps, mais j’avais envie de parler un peu avec ma mère.
- Tu ne le trouve pas charmant ce Sébastien ?
Ça me faisait bizarre d’entendre ma mère parler comme ça et surtout, ça me dérangeait. Je n’aimais pas l’entendre parler d’un homme de cette manière, comme s’il lui plaisait. C’était sans doute le cas d’ailleurs, ce qui me dérangeait encore plus au final.
- Je ne sais pas vraiment.
Je lançai un regard à Erwan qui se trouvait à côté de moi, je ne l’avais jamais trouvé aussi silencieux depuis que je le fréquentais.
- Chérie… La voix de ma mère était douce, même si elle me regardait avec un regard un peu sévère. Je sais bien que cela doit être difficile pour toi, mais cela fait plusieurs années maintenant que ton père est mort. Il faut que tu te mettes en tête que je peux très bien fréquenter quelqu’un.
Je n’aimais clairement pas cette conversation, je n’avais aucune envie de l’avoir aujourd’hui. L’enterrement de mon oncle avait fait revenir des souvenirs du passé, des souvenirs douloureux.
- Je sais, ce n’est pas le problème. Je marquai une pause, poussant un soupire. C’est juste, que tu ne le sais rien du tout de lui, tu viens à peine de le rencontrer.
- Si on ne s’attarde pas un peu sur les gens, on ne risque pas de les connaitre.
J’aurais aimé avoir cette discussion avec ma mère, concernant un autre homme. Un humain, pas l’un de ces loup-garou même si je ne savais clairement rien de lui. Il avait peut-être de bonne intention, mais c’était instinctif. Je ne le sentais pas du tout. Cela ne venait pas seulement de mon problème de socialisation.
Je n’avais jamais été une fille très sociable quand j’étais encore en vie et cela ne s’était pas arrangé quand j’étais morte. En dehors de ma mère et de ma nouvelle famille de vampire, je ne voyais personne d’autre. Sauf cas exceptionnel comme cet enterrement, ou la visite étrange de ces loups-garous chez ma mère. Cette dernière me connaissait assez pour me faire cette remarque, se doutant bien que je n’avais toujours pas une grande vie sociale, comme elle aimerait que ça soit le cas. J’aurais aimé pouvoir répondre quelque chose à ma mère, mais j’en fus tout bonnement incapable. Je n’avais aucun contre argument pour l’empêcher de vouloir s’intéresser à ce Sébastien. En dehors du fait qu’il sentait le chien mouillé, ce que je ne pouvais pas lui apprendre.

Nous restâmes encore quelque temps avec ma mère, avant de prendre congés à notre tour. J’avais hâte de rentrer, parce que je voulais parler à Edouard. Il était important que nous le mettions au courant de la présence de loup-garou et j’avais bien envie d’en apprendre d’avantage sur eux aussi. Je connaissais la base de l’histoire de cette guerre entre les deux races et j’avais bien envie de croire que les vampires ne pouvaient pas apprécier ces chiens. Après tout, mes sens avaient été en alerte en présence de Sébastien et de Lexie, comme s’ils voulaient m’indiquer qu’il y avait un danger. Je ne m’étais pas vraiment penché sur la question quand Edouard m’avait fait les « cours » sur l’histoire de ma nouvelle race, je le regrettais à présent. Erwan n’avait pas dit un seul mot pendant notre trajet jusqu’à chez nous, ça commençait vraiment à m’inquiéter, mais je n’avais pas envie de lui forcer la main. Nous étions bientôt chez nous de toute façon, il allait forcément redevenir bavard avec d’expliquer la situation à Edouard. Mais à peine nous avions passé la porte de chez nous, qu’une voie nous interpela. Celle d’une jeune femme que nous avions quitté que peu de temps avant finalement.
- Et bien, comme on se retrouve !

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Ven 17 Avr - 15:20

Aaaan !! T'as pas le droit de finir ton chapitre comme çaaaa !!!
Je veux la suiiiiiiiite

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Ven 17 Avr - 15:45

J'aime ce genre de fin

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Ven 17 Avr - 18:40

Bah moi suis d'accord avec elle !!!

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Lun 18 Mai - 1:57

Vous avez le droit de me fouetter si vous voulez

LA LUNE DE SANG


Chapitre 4


J’étais assise sur le canapé, dans notre immense salon, entre Erwan et Paul. Lexie était assise sur un fauteuil à la gauche de Paul, nous regardant de ses grands yeux bleus. Edouard et Sébastien était là aussi, debout à côté de nous. Ils se regardaient, ils se parlaient pendant que nous restions en silence. J’avais du mal à tourner mon regard vers eux, ils avaient tellement de prestances ensemble l’un devant l’autre. Je préférais donc regarder Lexie, qui ne nous lâchait pas des yeux. Elle souriait, pas le genre de sourire timide, un grand sourire où on voyait ses dents. Elle semblait vraiment heureuse d’être présente, ce qui n’était pas le cas de mes deux « frères ». Erwan était toujours aussi tendu, je pouvais le sentir se crisper à mes côtés. Mais ce n’était rien en comparaison de Paul à ma gauche, je ne l’avais jamais vu comme ça. Ses yeux étaient tournés sur Edouard, je pouvais entendre ses dents grincer et il enfonçait ses ongles dans ses cuisses. Lui qui avait tellement tendance à prendre les choses à la légère, je ne l’avais jamais vu de comme ça. Je n’avais jamais vu quelqu’un comme ça.
- Vous vous êtes donc installé près de chez nous ?
J’étais soudainement attirée par la discussion d’Edouard et du loup-garou. Je ne tournais pas pour autant mon regard vers eux, je me contentais simplement de les écouter.
- Oui, c’est pour cette raison que nous sommes venus vous voir. Afin de vous prévenir. On nous a informés qu’une famille de vampire vivait dans les parages, on ne veut pas causer d’ennui.
Le corps de Paul fut pris d’un frisson et je me demandais bien pourquoi il ne se levait pas. Il semblait pourtant avoir envie de sauter au cou de ce Sébastien.
- Vous avez bien fait. Nous ne vous causeront pas de problème, vous avez ma parole.
- Ce n’est pas notre but non plus. Vous n’avez pas besoin de vous méfier de nous.
- Ce n’est pas le cas.
Depuis la première fois de l’entrevue, je levai mes yeux vers Edouard. Ce dernier avait tourné son regard vers Paul, qu’il regardait sans sourciller. Ce fut à ce moment-là que je compris ce qui était en train de se passer. Paul ne bougeait pas parce qu’il était dans l’incapacité de le faire, Edouard était en train d’utiliser son influence sur lui pour l’empêcher de se mouvoir. C’était toujours dans ce genre de moment que je me rendais compte des grands pouvoirs de mon père de cœur.

Après un petit moment de silence, Sébastien et Lexie prirent congés. La jeune femme nous salua, avec beaucoup d’entrain et de joie, nous faisant même des signes de la main. Je n’avais pas prononcé le moindre mot moi, je m’étais contentée de les observer et de les regarder quitter notre demeure. Erwan se leva dès que les loups eurent passé la porte, sans nous regardé il se dirigea vers les étages. J’avais l’intention de faire la même chose, n’appréciant pas vraiment la tension palpable de Paul. Sauf que je n’avais même pas encore eu le temps de me lever que Paul le fit, fonçant sur Edouard afin de l’attraper par le col.
- Ce sont des loups…
Sa voix me fit froid dans le dos, elle était tellement sombre. Je ne l’avais jamais entendu parler de cette manière, ses mots venaient de sa gorge. Je pouvais entendre le grognement en fond, celui qu’il contenait mais qui ne demandait qu’à sortir. Edouard ne bougeait pas, alors que je savais parfaitement qu’il avait la force de se défaire de la poigne de Paul. Il semblait si calme, tellement calme qu’il me subjuguait. J’aurais sans doute dû partir, mais j’étais incapable de bouger.
- Ils ne vont rien nous faire.
- Ce sont des loups…
- Ils n’ont rien à voir avec ceux que tu as connus.
- Ce sont des loups…
Plus Paul parlait, plus je le sentais se tendre. En contre partis, Edouard n’avait jamais semblé aussi serein. Il parlait doucement, il ne baissait pas son regard, il était le calme incarné.
- Tu ne vas rien leur faire, ils ne sont pas là pour de mauvaises intentions. Ils ont le droit de vivre aussi.
Je savais que les paroles de mon père de cœur n’étaient pas simplement des conseils, il était en train de donner des ordres à Paul. Edouard avait énormément d’influence sur nous. Je pensais être la seule à complètement me perdre dans ses ordres, mais Paul ne semblait pas capable d’y résister non plus. Et pourtant, il était bien plus vieux que moi.

Pendant plusieurs secondes, il n’y avait plus que du silence. J’avais envie de partir, mais je n’osais pas bouger. Paul tenait toujours le col d’Edouard. Je voyais que sa mâchoire était serrée, qu’il n’avait pas envie de lâcher l’affaire maintenant. Sauf qu’il ne se trouvait pas devant n’importe qui et Edouard ne se démontait pas. Puis, finalement, Paul lâcha le col de notre « père » avant de donner un coup de pied de la table basse qui se trouvait entre nous deux, l’envoyant valser dans ma direction. J’eu le réflexe de me plaquer contre le canapé au bon moment pour éviter de me la prendre en pleine figure, elle alla se fracasser contre le mur derrière moi. Et sans ajouter le moindre mot, il s’en alla en direction de l’étage. Je me relevai doucement, sous le regard d’Edouard. Nous restâmes un moment à nous regarder avant qu’il ne s’éloigne à son tour, me laissant seule dans la pièce.

Après un long moment je décidai d’aller trouver Erwan dans sa chambre, j’avais besoin de passer du temps avec quelqu’un et de ne pas simplement me retrouver seule dans ma propre chambre.
- Tu as entendu Paul ? Demandai-je à peine assise sur le fauteuil qui se trouvait dans la chambre de mon ami, alors qu’il était allongé sur son lit.
- Comment j’aurais pu ne pas l’entendre ?
- Pourquoi est-ce qu’il a agis comme ça ? Pourquoi est-ce qu’Edouard a été obligé de le contrôler ?
J’avais tellement de question qui me traversait l’esprit, j’aurais pu en poser bien d’autre. Mais je n’avais pas envie de l’ensevelir de mes interrogations.
- Je ne sais pas vraiment. Il poussa un long soupire. Je ne connais pas bien l’histoire de Paul, il était déjà avec Edouard quand je l’ai rejoint.
Quand j’avais des questions, le plus souvent je me tournais vers Edouard ou Erwan. Mon « père » de cœur principalement. Il était plus qu’évident que je ne posais pas la moindre question à Paul, en même temps on se parlait tellement peu. Quand on le pouvait, on s’évitait au maximum. Je ne savais même pas vraiment pourquoi je n’arrivais pas à lui parler, pourquoi je me sentais toujours mal à l’aise en sa compagnie. C’était comme ça depuis le jour de mon arrivée dans cette maison.
- La seule chose que je sais, c’est qu’il déteste vraiment les loups-garous. Je ne peux pas dire que je les apprécie, bien au contraire. C’est surtout de la peur que j’ai d’ailleurs. Mais Paul… Erwan marque une pause en tournant son regard vers moi. Il les déteste viscéralement.
Je ne savais vraiment pas quoi penser de ça. J’avais bien vu que la présence de ces loups avait mis Paul dans un état pas possible, mais je ne savais pas vraiment si je compatissais ou non. Parce qu’on ne pouvait pas dire que lui et moi avions réellement d’affinité. J’étais simplement sûre d’être plus que curieuse de découvrir pourquoi Paul réagissait comme ça, pourquoi il se retrouvait dans un tel état. Clairement, je n’avais pas envie de sauter de joie à l’idée que des créatures capables de me tuer d’un coup de dent se trouvent dans les parages, mais je n’en faisais pas non plus tout un fromage. Il y avait forcément quelque chose là-dessous.
- Ne cherche pas à savoir.
La voix d’Erwan m’avait sortie de mes pensées.
- Quoi ?
- Je te connais, je sais que tu vas vouloir savoir pourquoi il a réagi comme ça. Et moi je te demande de ne pas le faire.
- Je ne vois pas pourquoi ça serait mal.
- Parce que s’il n’en parle pas, c’est qu’il n’a pas envie de le faire. Vraiment, Emily, ne cherche pas à connaitre son passé. Crois-moi, quand tu auras plusieurs centaines d’année tu comprendras qu’on ne veut pas toujours parler de notre passé.
Nous avions souvent des conversations sérieuses avec Erwan, mais il ne parlait jamais aussi durement. Je voyais bien qu’il était plus que sérieux quand il affirmait que je ne devais pas chercher à connaitre le passé de Paul. Je ne voyais toujours pas le mal d’être un peu curieux sur la vie des personnes avec qui nous vivions (et avec qui nous formions une sorte de famille), mais sans doute que j’étais effectivement trop jeune. Après tout, Edouard et Erwan ne parlaient jamais de leur passé non plus. Je ne savais presque rien de leurs vies, alors qu’eux connaissaient tout de la mienne.
- Emy, promet le moi.
- C’est bon, je te le promets.

Les jours suivants, la tension n’avait toujours pas baissée dans la maison. Paul ne sortait presque pas de sa chambre et quand il le faisait, il n’adressait pas un mot à quelqu’un. J’avais l’habitude qu’il ne me parle pas, mais il ignorait tout le monde à présent. Surtout Edouard, je ne les avais pas vus dans la même pièce depuis cet épisode dans le salon. Avec Erwan nous avions pris le temps de nous rendre dans un magasin de meuble pour acheter une nouvelle table basse. Il avait râlé une partie du trajet sur le fait que Paul n’avait pas intérêt à la casser celle-ci, parce qu’il n’allait pas s’amuser à en racheter de nouveau. Je savais qu’il n’était pas vraiment sérieux, que ça ne le dérangeait pas plus que ça. En même temps, on ne passait pas notre temps à acheter des meubles et même, l’argent n’était pas un problème. Je n’avais aucune idée de comment on pouvait être riche, je m’incluais dedans alors que je n’avais jamais gagné le moindre sous pour la famille, mais on avait de quoi vivre sans souci. Nous n’avions pas énormément de dépenses non plus. On n’avait pas besoin de faire des achats alimentaires par exemple, en dehors des poches de sang animal. Mais c’était Edouard qui allait les chercher tout le temps, je n’avais aucune idée du prix que cela pouvait couter, je ne savais même pas s’il payait quelque chose.

Un soir, en allant justement chercher une de ces poches de sang pour me nourrir, je tombai sur Paul dans la cuisine. Ce dernier me lança un regard noir, avant d’ouvrir le frigo et d’attraper un peu de sang. Je détournai le regard quand il passa juste à côté de moi, sans m’adresser un mot. Je le sentais bien plus tendu que d’ordinaire, même en ma présence.
- Paul ?
Je réalisai seulement après avoir entendu ma voix que je venais de l’appeler. Il se retourna vers moi, le regard encore plus noir, attendant que je m’exprime. Je senti ma gorge se serrer, je ne savais même pas vraiment ce que j’avais envie de lui dire.
- Est-ce que… est-ce que tu vas bien ?
- Vas te faire voir.
Et il me laissa en plan sur ses mots délicats. Paul n’avait jamais été vraiment agréable avec moi, mais il ne me parlait tout de même pas de cette manière. Je pouvais comprendre que la présence de cette meute de loup près de chez nous le perturbe, mais cela m’énervais qu’il se comporte ainsi. Je n’étais pour rien dans la situation après tout, je ne savais même pas pourquoi il se mettait dans un tel état. Et pourtant, je mourrais d’envie de savoir, même si techniquement parlant j’étais déjà morte. Quand j’entendis la porte d’entrer claquer, comprenant que Paul venait de sortir de la maison, je me permis de me détendre un peu. J’attrapai une poche de sang dans le réfrigérateur avant de me diriger vers l’étage. Sauf qu’une fois devant la porte de ma chambre, où j’avais eu l’intention de me réfugier, une envie me vint d’entrer dans celle de Paul. Elle se trouvait au fond du couloir, si proche et en même temps si loin. Je n’étais encore jamais entrée dans cette pièce, je n’avais eu aucune raison de le faire. Jusqu’à présent, je n’avais même pas eu l’idée de m’y rendre. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de me poser des questions, de vouloir comprendre. Avant tout cela, je ne m’imaginais vraiment pas à ce point curieuse. Après quelques secondes d’hésitation, je m’approchai de la chambre de Paul.

Il n’y avait personne dans la maison, Erwan et Edouard étaient également absents. Je n’avais donc aucune raison de craindre pour ce que je m’apprêtais à faire, fouiller dans les affaires de Paul. Quand j’ouvris la porte, je fus surpris de la décoration de cette chambre. Je ne m’y étais pas vraiment attendu. J’avais imaginé la pièce comme étant sombre, sans vie, ressemblant à l’image que je me faisais du vampire avec qui je vivais. Mais elle n’était pas comme ça, bien au contraire. Il y avait des rideaux de couleur à la fenêtre, des tableaux pour décorer les murs, des draps en soie et une grande bibliothèque avec de nombreux livres. Je n’avais jamais vu Paul lire un livre, mais en même temps je ne passais pas mon temps avec lui. Au premier coup d’œil, je me rendais compte que je ne connaissais rien de lui. Rapidement, je pénétrai dans la chambre en refermant la porte derrière moi. Je savais que je pourrais entendre le moindre mouvement dans l’entrée dans la maison, je serais donc en mesure de quitter la chambre à l’arrivée d’un de mes pairs. Du moins, je l’espérai parce que si je pouvais les entendre, ils le pourraient aussi. Je n’avais pas envie de perdre de temps, alors je commençai tout de suite mes recherches. Mes yeux balayèrent la bibliothèque. Il y avait des ouvrages de toutes sortes, des œuvres philosophiques, des romans de toutes époques et même des livres dont j’étais incapable de déchiffrer le titre. Je m’approchai ensuite de l’armoire, que j’ouvris. Il n’y avait que ses vêtements au premier coup d’œil, ceux que je connaissais parce que je le voyais les porter, mais d’autre également. La pièce n’était pas beaucoup meublée, en dehors de la bibliothèque, de l’armoire et du lit, il y avait un simple bureau. Je commençai donc à le fouiller rapidement, ouvrant les tiroirs. Le premier était vide, ainsi que le deuxième. Quand j’ouvris le troisième, j’eu l’agréable surprise de tomber sur quelque chose, un carnet et un collier de perle. Je pris le bijou dans mes mains, il était magnifique, le genre de bijou qui devait valoir une petite fortune. Je n’en avais jamais vu de tel. Je reposai le collier dans le tiroir avant d’attraper le carnet et de l’ouvrir. Je parcourus rapidement des yeux l’écriture soignée qui jonchait les nombreuses pages, avant de comprendre sur quoi je venais de tomber. Si mon cœur était encore capable de battre, il aurait sans doute accéléré. Je venais de trouver le journal intime de Paul.

Je savais que je ne devais pas le lire, je savais que si je le faisais j’entrerais dans la vie privée de Paul. Je le ferais encore plus qu’en me contentant de fouiller sa chambre, ça n’avait rien à voir. Mais j’étais incapable de détourner le regard de cette belle écriture avec laquelle Paul racontait sa vie. Avec un peu de chance, j’aurais le temps de le lire avant qu’il ne revienne et de le remettre à sa place. Je savais que j’étais complètement folle de faire une chose pareille, mais je décidai de lire ce journal, mais pas ici. Après avoir refermé le tiroir où se trouvait le collier, je sorti de la chambre de Paul pour me rendre dans la mienne, où je m’installai sur le lit. Après une grande inspiration, je me mis donc à la lecture. Et ce fut comme si j’étais projeter dans l’époque de l’histoire, comme si je voyais la scène des yeux du vampire dont j’ignorais, pour l’heure, tout.

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Curiosité. Vilain défaut de l'esprit féminin. L'envie de savoir si oui ou non une femme se consume de curiosité est l'une des passions les plus actives et les plus insatiables de l'âme masculine.
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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mar 19 Mai - 10:07



La suite ! La suite ! La suiiiiiiite !!!!!

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Dim 23 Aoû - 17:49

J'en aurais mis du temps, mais me voilà à jour
Et je réclame la suite !!!!!!!!

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mer 7 Oct - 11:37

Ca a mis du temps, mais voila la suite

LA LUNE DE SANG


Chapitre 5


Depuis le temps que je me trouvais dans ce manoir au milieu de la forêt, j’avais complètement perdu la notion de temps. Je ne pouvais pas dire si cela faisait quelques dizaines d’année ou des centaines que je vivais dans ce trou perdu. Je savais quand même plus ou moins ce qui pouvait entourer un peu ce que j’appelais mon « chez moi ». Il y avait cette énorme forêt dans laquelle je m’aventurais de temps en temps et deux ou trois petits villages autour. De quoi me fournir suffisamment en sang humain, puisqu’il y avait toujours des imbéciles pour se promener trop près de mon lieu de vie. Je n’étais pas un gros consommateur - pour ce que je faisais de mes journées je n’avais pas besoin de beaucoup de sang - et il me suffisait donc d’attendre que les trop téméraires décident de s’approcher de mon territoire pour me nourrir. Ma vie de vampire était donc tout simplement ennuyante à mourir, mais c’était ce que j’avais voulu de toute façon. Mais en cet instant précis, j’ignorais encore complètement que tout cela allait changer complètement.

Je dormais depuis un long moment, cela se comptait en jour plus qu’en heure. Quand j’ouvris les yeux, je sentais la faim m’envahir. Il était temps pour moi de prendre le temps de me mouvoir afin de me rendre dans cette forêt qui entourait mon antre. Je ne pourrais pas la distance qui séparait mon « chez moi » aux villages voisins, mais elle était suffisamment importante pour que je n’ai pas de souci à me faire. Les humains qui osaient s’approcher de moi étaient pour la plupart perdu, ou alors complètement inconscient. En général, ça ne faisait pas vraiment de différence pour moi, puisque je ne faisais aucune distinction pour me nourrir. Comme à chaque fois que je passais la grande porte du manoir presque en ruine que j’utilisais comme logis, je prenais un bol d’air afin de sentir une odeur humain dans le coin. Mais cette fois-ci, je n’avais rien sentit. Du moins, pas avant de faire quelques pas lent. Ce fut une odeur des plus agréables qui vint chatouiller mes narines, alors que j’humais toujours l’air ambiante. Je fermai les yeux afin de m’imprégner de cette odeur, j’en salivais d’avance. J’espérais pouvoir me nourrir de cette humaine qui se trouvait à quelque lieue de moi. Pris d’une soudaine ambition, d’une grande motivation, j’avançai donc rapidement vers la source de cette odeur. Cela ne fut donc pas très long avant que mes yeux aperçoivent celle que je traquais.

C’était la première fois, depuis toutes mes années de vie - quoi que je n’avais pas vu beaucoup de personnes ces dernières peut-être centaine d’année - que je croisais une telle beauté. Elle avait de longs cheveux blond bouclé, une peau pâle qui pouvait largement rivaliser avec la mienne. Elle avait de grands yeux bleus qui étaient tournés dans ma direction, elle m’avait vu et elle m’observait. Je ne bougeai pas pendant ces longues secondes où nos regards ne se quittaient pas. Elle non plus n’esquissa aucun mouvement, jusqu’au moment où elle prit la parole.
- Est-ce que vous êtes le monstre de nos histoires ?
Sa voix était cristalline et tellement douce à mon oreille. Je mis quelques seconde avant de répondre, j’avais eu envie qu’elle dise de nouveau quelque chose pour l’entendre parler.
- Le monstre ?
A ma question, la jeune femme se mit à sourire. Encore une fois, j’étais complètement envouté par sa beauté. Je pus savourer sa belle voix puisqu’elle me raconta qu’on mettait en garde les jeunes de son village des dangers de la forêt, qu’un monstre s’y promenait la nuit et qu’il emportait ceux qu’il croisait dans son antre. C’était sans doute moi, mais je ne pensais vraiment que qu’ils puissent parler de moi dans son village. Pendant tout le moment où elle me parlait, j’étais particulièrement étonné de l’assurance dont elle faisait preuve. Elle ne semblait pas avoir peur, elle n’avait aucune odeur pouvant me permettre de croire qu’elle avait peur. Bien au contraire, ce qui ne faisait que la rendre plus fascinante encore.
- Comment est-ce que tu t’appels ? Avais-je fini par lui demander, sans même répondre à sa question précédente qui restait toujours en suspens.
- Elizabeth. Elle ne perdait pas son sourire si attirant. Elle laissa quelques secondes s’écouler avant de reprendre. Alors, êtes-vous le monstre ?
- Je le suis.
Je me contentais de répondre simplement, sachant parfaitement que ces histoires devaient parler de moi. Elle avait mentionné un videur de sang, ça ne pouvait qu’être un vampire et je savais déjà qu’il n’y en avait pas d’autre autour, malgré que je ne sache pas beaucoup plus de ce qui pouvait se trouvait près de moi. En prononçant ces mots, j’avais espéré voir une réaction de la part d’Elizabeth, qu’elle montre un peu d’angoisse au moins, mais il n’en fut rien. Elle se contentait encore et toujours de sourire. Au bout d’un moment, je ne pus m’empêcher de lui poser directement la question.
- Tu n’as pas peur ?
- Non.
Elle me fascinait complètement et à ce moment-là, j’avais oublié la faim qui m’avait sorti de mon sommeil. Pendant de nombreuses minutes après cela, nous avons continué de parler de nombreuses choses. Elizabeth m’apprit beaucoup sur elle, sa famille qui se composait simplement d’elle et ses parents ainsi que du village dans lequel elle vivait. Elle parlait beaucoup sans faire preuve de la moindre timidité, comme si elle se sentait parfaitement à l’aise sans que je ne parvienne à savoir comment. Les minutes avaient passés sans que nous nous en rendions compte tous les deux, jusqu’à ce que finalement Elizabeth commence à frissonner à cause de la fraicheur de cette soirée bien avancée. Elle décida donc de rentrer chez elle, ce qui brisa presque le cœur froid que j’avais dans le cœur et qui avait arrêté de battre depuis bien longtemps. Cependant, elle me promit de revenir vite, de nous revoir. Et je ne pouvais donc qu’attendre ce moment, ce que je fis d’ailleurs, pendant ces longs jours qui me séparèrent de ma nouvelle rencontre avec l’humaine.

J’avais le sentiment de reprendre du poil de la bête, de revivre ma mort comme au début de ma transformation. Avant que je ne m’enterre dans cette demeure au milieu de la forêt, complètement isolée, j’étais un vampire actif et bon « vivant ». Si pendant cette longue période d’hibernation je pouvais aisément rester pendant une longue période sans me réveiller et sans faire le moindre effort physique, depuis ma rencontre avec Elizabeth je ne restais plus en place. J’avais repris fortement la chasse en m’éloignant cependant le plus possible du village de la jeune femme (ne voulant pas causer de victime parmi les siens). Et dès que je le pouvais, dès que ma belle humaine revenait autour de mon antre, je la retrouvais et nous parlions encore pendant de longs moments. Je ne parlais pas beaucoup cependant, je passais surtout mon temps à l’écouter me parler de tout et de rien. Je savais que ce n’était vraiment pas une situation saine, mais je ne pouvais pas me résoudre à abandonner ces moments que je pouvais partager avec elle.
- Je suis heureuse de vous retrouver Paul.
Un large sourire s’afficha sur mon visage quand elle prononça ces mots, juste après que je me sois approché d’elle. J’étais heureux de pouvoir la retrouver. Cependant, mon sourire disparu rapidement de mon visage en comprenant sur le sien qu’il y avait quelque chose qui la tracassait. Je n’eus pas besoin de prendre la parole pour qu’elle comprenne que je me demandais ce qu’elle avait.
- Mes parents commencent à se poser des questions sur mes longues promenades dans la forêt. Elle afficha un sourire triste avant de reprendre. Ils pensent que c’est le moment pour moi de devenir plus raisonnable et d’être enfin une femme.
Je n’avais pas besoin qu’elle s’explique plus pour comprendre où elle voulait en venir. Elizabeth était une très belle jeune femme, qui était évidemment rentrée dans l’âge de se marier. Je n’aimais vraiment pas cette perspective bien sûr, mais je ne pouvais rien faire de toute façon. Elle était humaine, elle devait vivre sa vie d’humaine et même si cela devait signifier que je ne pouvais plus profiter de sa présence. Puisque c’était bien cela qui était en train de se passer. Mes yeux ne la quittaient pas, je ne savais pas quoi lui dire.
- Est-ce que vous allez être triste ?
Je retrouvais encore une fois cette façon qu’elle avait de parler sans crainte.
- De ne plus te voir ?
- Oui.
- Bien sûr.
Je ne pouvais pas m’empêcher d’être honnête avec la jeune femme. Je me doutais bien que si elle me parlait de l’envie de ses parents qu’elle soit une « femme », c’était bien parce qu’elle ne pourrait plus venir me voir comme elle le faisait jusqu’à présent. Et je savais d’avance qu’elle allait horriblement me manquer.
- Je n’ai pas envie de vous rendre triste. Elle avait une innocence qui continuait encore et toujours de me plaire. J’aimerais ne jamais vous quitter.
Je ne savais pas vraiment comment prendre ces paroles, mais elle reprit m’empêchant donc de me question plus longtemps.
- J’aimerai être comme vous.
- C’est impossible.
- Vous ne pouvez pas me transformer ?
- Je pourrai…
Et j’en avais même terriblement envie. Mon instinct de vampire et de monstre me poussait évidemment à avoir envie de goûter au sang qui coulait dans ses veines et qui la rendait si vivante, mais je me retenais de le faire parce que je ne voulais pas la perdre. Je ne voulais pas qu’elle meure et qu’elle perde cette vie qui la rendait si désirable. L’idée m’avait évidemment déjà traversé l’esprit, mais je ne pouvais me résoudre à succomber à la tentation.
- Mais je ne le ferais pas. Avais-je repris sans laisser le temps à Elizabeth de réagir. Tu ne sais pas ce que c’est que d’être un monstre comme moi, je ne te ferai pas ça.
Pour la première fois depuis le jour de ma rencontre avec la jeune femme, je coupai court à la conversation avant qu’Elizabeth ne décide d’insister plus sur la situation. J’avais fait mon choix depuis longtemps et je n’avais pas l’intention de revenir dessus, même si cela m’arrangeait vraiment le cœur.

J’avais repris rapidement mes habitudes de vieux vampires solitaires, ne quittant plus mon antre même pas pour me nourrir. Je savais que je ne devais rien espérer de la part d’Elizabeth, je ne pouvais pas lui faire une telle chose, mais ce n’était pas pour autant évident pour moi de l’oublier. J’en étais parfaitement incapable. Elle hantait constamment mon esprit et j’avais même l’impression d’entendre constamment sa voix alors qu’elle n’était pas là. Au point que je mis un moment avant de réaliser quand Elizabeth était vraiment entrée dans mon « chez-moi ». J’ai faible et vraiment pas dans une bonne condition pour lui parler, mais je ne pouvais évidemment pas l’ignorer alors qu’elle avait pénétré dans la demeure en ruine qui me servait de maison. Quand j’arrivai vers elle, je restai à bonne distance en me cachant dans un coin sombre pour qu’elle ne puisse pas bien me voir, alors que moi je la voyais parfaitement. Elle portait une tenue bien plus noble que celles qu’elle avait l’habitude de porter quand elle venait me voir, ses cheveux étaient rangés dans un chignon parfait et un collier de perle ornait sa gorge. Elle était encore plus belle, mais son regard était tellement sombre.
- Tu m’abandonnes en affirmant ne pas vouloir me rendre comme toi, mais ça ne t’empêches pas d’attaquer les habitants du village.
C’était la première fois qu’elle me parlait de cette manière, qu’elle faisait usage du tutoiement pour s’adresser à moi.
- Je n’ai rien fais du tout.
- Tu n’as rien fait ? Encore une fois, sa voix n’avait rien à voir avec le ton cristallin qu’elle avait l’habitude d’avoir quand elle s’adressait à moi. Je pouvais facilement lire de la colère dans ses paroles, dans ses gestes et surtout dans ses yeux. Ne me mens pas, nous comptons énormément de mort et de blessés ces derniers jours.
- Je te promets que je n’ai rien fais, je n’ai pas bougé ici depuis notre dernière discussion.
J’avais parlé plus fortement que je ne l’aurais voulu, ce qui sembla la convaincre. Elle me regarda avec ses grands yeux pendant quelques secondes sans rien dire. Je ne baissai pas les yeux, fixant les siens pour qu’elle lise toute ma sincérité.
- Je suis désolée, finit-elle par prononcer en baissant son regard vers le sol.
Sans vraiment réfléchir, je m’approchai vivement d’elle, attrapant délicatement son menton pour lever son visage vers moi et replonger mon regard dans ses grands yeux bleus. C’était la première fois que je la touchais, que nous étions aussi proches. Ce n’était vraiment pas une bonne chose qu’elle soit revenue me voir, parce que je savais que j’aurais toutes les peines du monde à la laisser repartir. Mais je n’avais pas le choix…
- Je me marie demain…
Elle avait le don de me ramener à la réalité, je m’écartai doucement d’elle. Je n’avais aucune envie de parler de ça et ce qu’elle m’avait dit précédemment m’inquiétait.
- Quelle est cette histoire de mort ?
- Chaque matin depuis une semaine, nous retrouvons les corps morts d’habitants du village ou des personnes blessés, qui parlent d’un monstre. Ils ont été mordus.
- Comme la mâchoire d’un loup ?
- Quelque chose comme ça oui…
Je ne savais pas si c’était bien à quoi je pensais, mais aucun vampire n’agissait de cette manière. Ce n’était par contre pas le cas des loups-garous. Cela faisait des années que je n’en avais pas vu, tout comme les membres de mon espèce en même temps. Il y avait eu la pleine lune une semaine avant, cela pouvait avoir un rapport. De ce que je savais de ces « chiens », ils avaient dû mal à se contrôler au début et pouvait faire des ravages en dehors de la pleine lune. Et si c’était bien un loup-garou qui faisait tous ces ravages, les blessés allaient en faire de même.
- Il faut que tu te montres prudente, que tu t’enfermes et que tu ne te promènes pas seule.
Je pris le temps d’expliquer ce que je pensais de la situation à Elizabeth. Si c’était bien l’œuvre d’un loup-garou, le village était en grand danger et surtout elle. Je n’en avais que faire du sort des humains vivant là-bas, mais je n’avais aucune envie que quelque chose lui arrive. Elle ne dit rien pendant mes explications, se contentant d’hocher de la tête pour me dire qu’elle comprenait.
- Paul, reprit-elle quand j’eu terminé avec mes explications. Je me marie demain.
- Je sais.
- Je ne veux pas me marier, je ne veux pas devoir être prudente.
Je savais parfaitement où elle voulait en venir et je n’avais aucune envie de revenir sur ce sujet. C’était déjà assez difficile comme cela pour moi de me maintenant sur ma décision. Je ne pouvais pas la transformer, je ne pouvais pas lui faire cela alors que je mourrais d’envie de passer le reste de mon existence avec elle.
- Je t’en supplie, ne me laisse pas partir. Elle s’approcha de moi, attrapant l’une de mes mains dans les siennes. Je veux rester avec toi pour toujours…
- Je ne peux pas faire ça, répondis-je en brisant le contact de nos mains.
- Je t’aime.
Ces mots furent comme un choc en moi, j’avais vraiment envie que cela suffise. Mais je ne pouvais pas me résigner à prendre sa vie par égoïsme, je ne pouvais pas faire une telle chose. Ma condition n’était pas enviable, même si cela pourrait nous permettre d’être ensemble. Elle devait vivre sa vie d’humaine, elle devait continuer sa route comme si je n’avais jamais existé. Même si cela devait arracher définitivement mon cœur qui ne battait plus de ma poitrine. Je vins doucement prendre son visage entre mes mains, j’avais la furieuse envie de m’emparer de ses lèvres, mais je ne pouvais pas au risque de ne pas parvenir à faire ce que je devais faire.
- Je ne t’aime pas, mentais-je en plantant mon regard dans ses grands yeux. Je ne t’aime pas et tu ne m’as jamais aimé. Tu vas rentrer chez toi, épouser ton fiancé et avoir une belle vie sans jamais te rappeler de mon existence.
Je laissai mes paroles entrer dans son esprit, avant de la lâcher et de la regarder faire volte-face pour sortir de mon chez-moi. Je n’aimais vraiment pas ce que je venais de faire, mais je n’avais pas le choix. Elle ne devait plus espérer quelque chose de ma part et c’était la seule solution, même si j’avais la ferme intention de veiller à ce qu’il ne lui arrive rien. Mais je ne savais pas encore à ce moment-là que j’allais échouer et la perdre à tout jamais…

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mer 7 Oct - 14:27


Nyaaaaaa !!! Après la lecture que je me suis tapée ce matin, tu peux pas savoir le bonheur que c'est pour moi de te lire ! C'est vraiment excellent
(et les amours contrariées, c'est mal )

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Mer 7 Oct - 14:33

Niuuuuu
Merci !!!

(Les amours heureux ça craint )

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Dim 29 Nov - 4:09

Voila la suite Razz

LA LUNE DE SANG


Chapitre 6


J’étais complètement concentrée sur ma lecture, incapable de faire attention à ce qui pouvait bien m’entourer. Paul avait une écriture si agréable à lire, si fluide qu’elle me donnait envie de lire la suite. Il dévoilait complètement son cœur dans ces lignes et je me laissais transporter comme jamais. C’était la première fois qu’une lecture me faisait un tel effet, j’avais le sentiment de vivre ce que j’étais en train de lire. Et je n’avais pas envie de m’arrêter, au point où je n’avais pas vu le temps passé tout comme je n’avais pas remarqué la présence des autres vampires dans la maison et donc la présence de Paul. Je n’y fis attention que quand je fus sorti de mes songes et de ma lecture quand la porte de ma chambre s’ouvrit rapidement, dévoilant un Paul fou de rage. Mon premier réflexe fut de me lever rapidement, autant que je le pus en tout cas, et de laisser le journal intime sur le lit appuyant mon dos contre le mur à l’opposé de la porte. J’entendais des grognements de rage sortir de la gorge de Paul, son regard plus que froid était posé sur moi. Je le sentais prêt à bondir sur moi et je me tenais prête à l’esquiver, mon instinct de survie en alerte. C’était comme si tous mes sens étaient en alerte pour me permettre de sauver ma peau, parce que j’étais tout simplement un animal pris entre les griffes d’un chasseur. Quand Paul fonça enfin vers moi, je me décalai vers le côté gauche pour l’esquiver. Mon épaule cogna lourdement le mur adjoint, mais je parvins en me baissant à esquiver Paul et me mettre à courir vers la porte afin de quitter la pièce le plus rapidement possible. J’étais rapide, mais je n’avais pas l’habitude de vraiment utiliser mes capacités de vampire. Du moins, pas de cette manière, pas pour échapper à quelqu’un. La pression du moment serrait ma tête, je ne pensais qu’à une seule chose, m’échapper de cet endroit. Je me dirigeai donc rapidement vers les escaliers que je dévalai tout aussi rapidement, mes pieds touchant à peine le sol. J’étais à seulement quelques pas de la porte d’entrée quand je sentis les bras de Paul s’enrouler autour de mon corps, nous faisant tomber tous les deux à la renverse. Je n’eus le temps de rien comprendre avant que Paul n’appuie sur mon dos avec ses jambes pour me maintenir au sol sans que je puisse bouger. Mon corps était complètement pressé contre le parquet du sol. Si j’avais ignoré que les vampires possédaient une très grande force, je l’aurais compris en cet instant. Je tentais de me défaire de l’emprise de Paul, remuant comme je pouvais mes bras et mes jambes sans aucun succès. Alors je fis ce qui me semblait le plus utile pour ma survie, je me mis à crier.

Je n’avais jamais crié aussi fort dans toute ma vie d’humaine ou même de vampire. Pour me faire taire et surement pour mettre fin à mes jours, Paul enroula mon cou de ses mains serrant plus fort encore qu’il ne pressait mon dos. Je ne savais pas depuis combien de temps il me tenait comme ça, mais j’eus le sentiment que les secondes étaient de longues minutes. Je n’avais pas besoin de respirer au vu de ma condition et pourtant je me retrouvais en manque de souffle, incapable de sortir le moindre son de ma bouche. C’était comme s’il ne manquait pas grand-chose à Paul pour simplement arracher ma tête de mon corps avec ses mains, je sentais craquer sous sa pression. Je me répétai dans ma tête encore et encore que je devais tenir, que je ne devais pas lâcher. Mes ongles étaient en train de creuser des trous dans le plancher.
– CA SUFFIT !
Cette voix sortie de je ne savais où raisonna dans ma tête, provoquant un grand frisson le long de mon échine. Pendant une seconde, je crus que rien n’avait changé et puis je sentis les mains et les jambes de Paul lâcher mon corps. Je me retournai vivement, reculant de nouveau encore allongée sur le sol. Mon regard troublé se posa sur le dos d’Edouard qui se trouvait entre moi et Paul. Mon corps tremblait entièrement et j’étais incapable de le contrôler.
– Elle a volé mon journal, elle était en train de le lire tranquillement !
– Ce n’est pas une raison pour agir ainsi Paul !
Je n’avais encore jamais entendu Edouard parler de cette manière si sèche. Même quand il se montrait parfois un peu dur, ce n’était jamais de la sorte.
– Je t’interdis de lever encore une fois la main sur elle, ordonna-t-il toujours sur le ton sec, forçant Paul à serrer des dents pour se retenir de répliquer encore plus fortement. Je voyais bien qu’il n’était pas d’accord avec ce qu’il lui demandait. C’est un ordre Paul, je ne te préviendrais pas deux fois.
– J’ai compris, répondit-il les dents encore plus serrées.
Le regard de Paul se tourna vers moi et je sentis un nouveau frisson parcourir mon corps. Dans ses yeux, je vis cette menace qu’il ne prononça pas mais que je compris sans mal, je ne devais surtout pas me retrouver seule avec lui si je ne voulais pas y passer. Je n’avais pas l’intention de m’y risquer non. Sans prononcer le moindre mot en plus, Paul s’en alla rapidement vers l’étage. Je l’entendis entrer dans ma chambre, sans doute pour récupérer son journal, avant de s’enfermer dans la sienne. Ce fut seulement à ce moment-là que je me permis de me détendre un petit peu, mais ça ne dura pas longtemps. Edouard se retourna vers moi, plantant son regard sombre dans le mien et je sentis mon corps se tendre de nouveau.
– Ne refais plus jamais une chose pareille, tu m’as compris ?
Je fus incapable de prononcer quoi que ce soit, mais il n’attendit rien de ma part pour s’en aller. Il savait que j’avais compris et il savait que je n’avais pas l’intention de recommencer.

– Je t’avais prévenu !
Erwan était en train de faire les cents pas dans ma chambre, les bras croisés, pendant que je le regardais assise sur mon lit plus pâle que d’habitude. Quand il était rentré, il m’avait trouvé à la même place où Edouard m’avait laissé et m’avait aidé à remonter dans ma chambre. J’avais mis un peu de temps à lui raconter ce qui était arrivé, mais il connaissait toute l’histoire maintenant, ce qui ne lui plaisait pas spécialement.
– Pourquoi tu as fait ça ? me demanda-t-il en s’arrêtant net.
– Je ne sais pas…
– Tu ne sais pas ?
Je n’avais pas envie d’avoir des remontrances de la part d’Erwan, j’avais suffisamment compris la leçon. On ne pouvait pas faire mieux pour faire entrer quelque chose dans ma tête.
– Je t’avais prévenu, reprit-t-il avec un ton plus doux que précédemment.
– Je sais… j’ai été idiote.
Vraiment, je ne pouvais que me rendre compte de mon erreur. Je n’avais jamais eu d’affinité avec Paul, mais c’était évident que ça n’allait pas s’arranger. Erwan s’installa à mes côtés, me prenant dans mes bras. Je posai ma tête contre son torse, n’entendant pas ce cœur qui était immobile dans sa poitrine.
– J’ai l’impression d’être ignorante. Je ne sais rien de vous, de ce que je suis, de notre histoire…
– Je sais que ce n’est pas évident, mais ça viendra. Ça ne sert à rien que tu réfléchisses trop,  tu ne peux pas tout savoir de ce qui a eu lieu ces derniers millénaires. Et quand tu vas prendre de l’âge, tu comprendras qu’on n’a pas forcément envie de parler de ce qu’on a pu vivre dans le passé.
– Et je dois faire quoi alors ?
– Vivre, dit-il dans un souffle. Tu as la chance de pouvoir connaitre une deuxième naissance, tu as tout à apprendre. Eloignes toi un peu de celle que tu étais avant.
L’humaine que j’étais devait disparaitre alors. Etrangement, ce fut à ma mère que je me mis à penser en cet instant. Je ne voyais vraiment pas comment je pouvais me mettre à vivre, alors que j’étais morte. Erwan resta un long moment avec moi, me tenant toujours dans ses bras, en silence. Puis finalement, il affirma que j’avais besoin de repos et quitta ma chambre, me laissant seule avec mes angoisses. A chaque bruit que j’entendais – et j’en entendais énormément – je ne pouvais pas m’empêcher de me dire que c’était Paul qui revenait. Quand je parvins enfin à fermer les yeux et à plonger dans mon sommeil de « morte », ce fut Elizabeth, ses longs cheveux blonds bouclés et son collier de perle, qui remplit mes songes.

Quand j’ouvris les yeux après quelques heures de sommeils d’un repos bien mérité, je ne restai pas longtemps sur place. J’avais besoin de prendre de l’air, de quitter cette maison et surtout de m’éloigner de Paul, qui se trouvait encore dans sa chambre. Instinctivement, je me dirigeai vers cette ancienne maison où je vivais avec ma mère. Elle me manquait cette vie normale d’humaine, quand j’étais loin de toutes ces histoires. Ma mère était encore en train de travailler, je savais donc qu’elle ne se trouvait pas à la maison pour l’instant, mais ce n’était pas vraiment ce que je recherchais. En fait, je ne savais pas du tout ce que je cherchais, ce que j’avais envie de voir en venant ici. Cela faisait plusieurs années maintenant que j’étais morte, mais je n’avais pas encore réussit à me défaire de cette vie que j’avais eu. Je ne voyais même pas comment je pouvais faire ça, comment mes amis vampires arrivaient à le faire. Si j’en avais la possibilité, je ferais comme si de rien n’était et continuerais de vivre normalement. Sauf que ce n’était pas possible, j’en avais parfaitement conscience. Il était peut-être temps que je m’éloigne en effet complètement de cette humaine que j’étais autrefois, de ma mère.

– Salut Emilie !
En me retournant, je découvris Lexie, la louve-garou qui était venu chez ma mère. Je ne l’avais pas senti arriver, ce qui m’étonna. Je pouvais normalement sentir les odeurs autour de moi, je sentais les personnes qui s’approchaient de moi. Mais là, je n’avais rien senti, rien entendu. Elle me regardait avec le même sourire que les dernières fois.
– Salut, répondis-je un peu froidement.
– Tu es venu voir ta mère ?
– Pas vraiment non…
Je répondais encore un peu froidement, mais cela n’enleva pas le sourire du visage de Lexie. Je ne me sentais pas vraiment à l’aise en compagnie de la jeune femme et pourtant, elle ne me semblait pas vraiment désagréable.
– Tu vas bien ? Tu m’as l’air encore plus pâle que les dernières fois où on s’est croisé.
– Je me sens un peu fatiguée.
Je me contentais vraiment de répondre aux questions de Lexie par des phrases simples et courtes, sans rentrer dans les détails. Je n’avais pas vraiment envie de raconter ma vie, je ne savais pas si je pouvais faire confiance à la jeune femme. En même temps, je ne faisais confiance à presque plus personne depuis le jour de mon décès, pas même à ma nouvelle famille de créature.
– Je ne savais pas que les vampires pouvaient être fatigués, répondit-elle son sourire s’agrandissant un peu plus.
– C’est compliqué.
Lexie continuait de sourire et de me regarder avec ses yeux intenses. Mon regard ne les quittait pas une seule seconde. Je ne sais pas combien de temps elle garda le silence avant de reprendre, toujours sur le même ton.

– Sébastien doit venir voir ta mère ce soir, j’espère que ça ne te dérange pas.
Si mon cœur avait été capable de battre encore en cet instant, il se serait arrêté en cette seconde.
– Pourquoi ? demandai-je sur un ton dur.
– Comme ça, parce qu’il l’aime bien.
– Est-ce qu’il fait ça pour se rapprocher de nous ?
Par nous, j’entendais évidemment les vampires. Je savais que ma question était complètement idiote, mais je n’avais pas pu m’empêcher de la pose. Etrangement, Lexie ne semblait pas particulièrement touchée par ma réaction. Elle continuait de sourire d’ailleurs, mais d’une manière plus douce que précédemment. J’avais un peu le sentiment de lire de la pitié sur son visage.
– Non, tu n’y es pas du tout Emilie, dit-elle en accentuant un peu sur mon prénom. Il l’apprécie vraiment, ils s’entendent bien. Cela n’a aucun rapport avec toi ou ceux avec qui tu vis. Nous ne vous voulons rien du tout. C’est une simple coïncidence.
Sa réponse me donna le sentiment d’être encore plus idiote, parce que je m’étais fait des idées. Je ne savais même pas pourquoi je me montrais si dur avec elle, alors qu’elle ne m’avait rien fait. C’était purement instinctif, il y avait cette sensation de danger dans ma tête qui me disait de me méfier.
– Je sais ce que tu ressens, reprit-elle provoquant mon étonnement. Cette sensation de danger. Ce n’est pas parce que les miens peuvent tuer les tiens par une simple morsure que je me sens plus en sécurité à tes côtés.
– Tu te sens en danger ?
– Plus ou moins, c’est assez étrange en fait. C’est un peu comme si tous mes sens me disaient de me méfier de toi et des tiens.
– C’est pareil pour moi…
– Ce n’est pas vraiment désagréable, lança-t-elle pleine d’enthousiasme.
– Tu trouves ?
– Oui.

Plus je discutais avec Lexie, plus je la trouvais intéressante. J’étais bien incapable de décrire exactement ce que je ressentais, mais les secondes qui s’écoulaient au court de notre conversation me permettaient de me détendre un peu. Elle me parla un peu plus d’elle, sans pour autant me questionner à son tour. Elle m’expliqua que cela faisait cinq ans qu’elle était un loup-garou. Je ne savais pas comment elle pouvait me raconter aussi facilement sa vie, mais j’appréciais vraiment. Je découvrais donc qu’elle avait été transformé presque en même temps que moi, que nous avions le même âge même si mon corps avait cessé de vieillir à l’âge de vingt ans. Bizarrement, c’était un détail qui m’avait permis de m’identifier un peu à elle, même si nous étions vraiment différents. Cela se sentait dans la manière qu’elle avait d’aborder sa condition. Elle m’expliqua également qu’elle vivait avec Sébastien depuis sa transformation, qu’il était devenu son Alpha et qu’elle vivait avec d’autre personne comme elle. Je ne pouvais vraiment pas m’empêcher de voir du rapprochement entre nos histoires.
– Je dois y aller, faut que je rentre sinon Sébastien va s’inquiéter. J’espère qu’on pourra passer à nouveau un peu de temps à discuter.

J’eue à peine le temps de lui dire au revoir qu’elle partait, toujours dans la même bonne humeur. Les minutes s’étaient écoulées à une vitesse, ma mère n’allait sans doute pas tarder à rentrer. Puisque je savais qu’elle avait rendez-vous avec le loup-garou qui servait de père à Lexie, je décidai de ne pas m’imposer et de rentrer chez moi. Je n’aimais pas vraiment cette idée, mais je n’avais rien à dire sur la vie de ma mère. Et je ne perdais de toute façon pas mes réflexions précédentes de vue, il fallait que je parvienne à me détacher un petit peu de ma vie d’humaine. Je rentrais donc directement, aillant presque oublier les évènements précédents. Mais ces derniers me revinrent rapidement à l’esprit quand, en ouvrant la porte, je tombai nez à nez avec Paul. Je sentis mon cœur se raidir sous son regard noir. Erwan se trouvait à ses côtés et c’était la seule chose qui me permettait de ne pas prendre mes jambes à mon cou, pour fuir le plus rapidement sa présence. Sans aucun mot, Paul monta à l’étage de la maison que nous partageons, me permettant de me détendre un peu.
– Ça va ? me demanda Erwan.
– Je crois que oui, répondis-je dans un sourire en souriant.

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Message#Sujet: Re: La lune de sang   Dim 29 Nov - 8:29

(Quand je vois que t'étais encore debout à cette heure-ci, je me déteste encore plus de m'être couchée si tôt Sad Sad Sad Sad Sad )

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Je veux la suite !!

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