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 Emporium (-18)

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Message#Sujet: Emporium (-18)   Mar 31 Mar - 18:57

Emporium est un projet dans lequel je me suis lancée il y a déjà quelques temps et je me suis dis qu'il était temps que  je me confronte à un avis extérieur donc en voici le début, en espérant que cela vous plaira mais si vous trouvez cela assommant, n'hésitez pas à le dire aussi Wink

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mar 31 Mar - 19:12



PARTIE I : LE FUNAMBULE  SOMNAMBULE (part. 1)



Je suis inquiète pour toi…

Rouvrant les yeux, je plantais mon regard dans le sien. Elle se tenait accroupit devant moi, l’inquiétude voilant de sombre ses yeux verts d’habitude si rieur et lumineux. Me redressant dans le fauteuil sur lequel j’étais assis, je tendis la main et attrapais entre mes doigts une boucle rousse échappée de sa queue de cheval tout en effleurant sa joue si douce de mes doigts, comme je l’avais déjà fait des centaines, des milliers de fois peut-être. Et pourtant, malgré tout, je continuais à ressentir comme une légère décharge au contact de sa peau. Un frisson à peine perceptible courant le long de mon doigt avant de rejoindre ma colonne vertébrale. Ce frisson caractéristique des premiers effleurements avec l’être aimé.

J’ignorai quels mots utiliser pour la rassurer, comment lui dire que tout allait s’arranger, qu’elle ne devait pas avoir peur, ne pas s’inquiéter, que tout se terminerait bien. Quels mots utiliser pour mentir à la femme que l’on aime ? Pour essayer de lui faire croire en quelque chose que l’on peinait à croire soi-même ?

Je t’aime, fut la seule chose que je pu lui répondre avec sincérité. La vérité était que j’ignorais si ce cauchemar se terminerait un jour, si les choses redeviendraient comme avant. Comment aurais-je pu lui soutenir le contraire alors que moi-même j’en doutais ?

Un petit sourire étira ses lèvres rosées. Deux petites pétales de rose brillantes et légèrement humides. Elle était si belle, ressemblait toujours à l’adolescente que j’avais rencontré 18 ans plus tôt et dont j’étais immédiatement tombé fou amoureux. Comme si le temps n’avait pas eu la moindre emprise sur elle. Se redressant, elle vînt jusqu’à moi, grimpa sur mes genoux afin de se blottir dans mes bras sous les regards indiscrets nous entourant. Je n’en avais cure et passai mes bras autour de son corps si fin et fragile tout en respirant le parfum de ses cheveux. Une odeur de jasmin léger et entêtant dont je ne me lassais jamais.

Je rentrerai bientôt, lui murmurais-je en déposant un baiser sur le brasier de ses cheveux tout en sentant l’humidité d’une larme couler dans mon cou. Les larmes qu’Anna essayait courageusement de me cacher depuis des semaines. Glissant ma main sous son menton, je la forçai doucement à relever la tête pour pouvoir la regarder. Je rentrerai bientôt, lui répétais-je alors tandis qu’elle acquiesçait d’un petit signe de tête avant de déposer ses lèvres, boutons de rose douce et chaude, sur les miennes.

Malheureusement, notre baiser fut interrompu par une voix nasillarde provenant de la double porte menant dans la grande pièce spacieuse. Étrange alarme un peu stridente mettant fin à mon rêve éveillé.

Les visites sont terminées pour aujourd’hui !

Réticent, je desserrai alors mon étreinte, libérant Anna qui se relevait déjà avec la grâce d’un papillon avant de prendre appui sur les accoudoirs et de se pencher sur moi pour s’emparer pour la dernière fois de la journée de mes lèvres. Dans un réflexe j’attrapai son poignet dont je pouvais faire le tour complet de ma main. Anna baissa les yeux sur mon entrave avant de les reposer sur moi avec un petit sourire triste.

Tu dois me laisser partir Thomas…

Je le savais, mais une part de moi, comme chaque jour depuis maintenant 5 mois, s’y refusait. Comme si la laisser partir signifiait la perdre. Je ne supportais pas de la voir s’éloigner loin de moi, de partir je ne sais où tous les soirs. A chaque fois, je sentais une boule d’angoisse grandir dans ma poitrine comme si je pressentais que je ne la reverrais jamais.

Reviens demain, lui demandais-je comme chaque jour au moment de son départ. Pour toute réponse, elle m’adressa un dernier sourire avant de suivre les autres visiteurs vers la sortie. Incapable de détacher mon regard d’elle, flamme incandescente vêtue d’une simple robe blanche, brillant dans le froid de la salle de visite. Je sentis une larme couler sur ma joue lorsqu’elle disparu dans le couloir.


     

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 1 Avr - 0:51

Je ne suis pas très douée pour faire des critiques et ça tombe bien, parce que j'en ai aucune à faire ici !! Very Happy J'aime vraiment beaucoup la façon dont tu écris et tes descriptions qui pourraient devenir lourdes avec une phrase de plus sont très bien dosées ! Tu as éveillé ma curiosité, je veux connaitre la suite !
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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 1 Avr - 20:38

Merci Hope, c'est gentil

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 1 Avr - 20:44

J'ai eu la chance de lire déjà et c'est un vrai plaisir de le relire

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 1 Avr - 20:49

Merci Gwen... J'avoue que je bloque ces temps alors je voulais avoir quelques avis extérieur pour savoir ce qui était à changer (ou même si ça valait la peine de tenter de continuer)

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 1 Avr - 20:59

Tu écris divinement bien, ce n'est pas une nouveauté mais tu ne fais que le confirmer.
J'ai terriblement envie de connaître la suite
Ce n'est pas assommant du tout, au passage, tu décris à merveille les impressions et émotions du personnages, et on ne peut que se laisser porter et vouloir s'identifier.

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 1 Avr - 21:14

Le fait de le faire lire pourra te permettre de té débloquer en plus
Faut mettre la suite Cool

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Jeu 2 Avr - 16:44

Suite aux menaces d'Arthémis (c'est une violente je vous jure) voici la suite. Encore un grand merci à tous pour vos encouragements, en espérant que ça me guérisse de mon syndrome de la page blanche ! (A savoir qu'actuellement 94 pages word on déjà été pondues, ce sont juste les copiés-collés^^).

Encore une fois, toutes critiques est constructives alors n'ayez pas peur de dire ce que vous pensez vraiment.


PARTIE I : LE FUNAMBULE  SOMNAMBULE (part. 2)



Il y avait une tâche, minuscule, sur le col du Docteur Cohen. Ce n’était qu’un détail, probablement une tâche de sauce de son repas de midi mais pourtant, j’étais incapable d’en détourner le regard depuis que je l’avais repérée, incapable de penser à autre chose, encore moins de me concentrer sur la discussion en cours. C’était le genre de détail futile mais obsédant dont on ne pouvait plus ignorer l’existence une fois qu’on l’avait découvert, vous faisant oublier tout ce qui vous entourait durant de longues secondes.

Thomas ? Vous m’écoutez ?


De toutes évidences, ma distraction n’avait pas échappé à mon interlocuteur. Un peu honteux, je détournai le regard du col de sa chemise tout en attrapant un élastique autour de mon poignet pour attacher mes cheveux machinalement. C’était relativement nouveau, qu’ils m’autorisent à avoir un élastique sur moi. A croire qu’avant cela, ils avaient craint que je ne tente de mettre fin à mes jours en l’utilisant s’ils en laissaient un à ma portée. Quoi de plus stupide ? A-t-on seulement déjà vu quelqu’un se suicider avec un simple élastique à cheveux ?

Un passage chez le coiffeur ne m’aurait pas fait de mal, mes cheveux, déjà passablement long en temps normal, m’arrivaient dans le dos désormais. Je n’avais pas eu une seule fois l’occasion de les couper depuis mon arrivée. Un élastique oui, un coiffeur armé d’un ciseau en revanche, je n’y avais pas encore le droit visiblement.

Désolé, répondis-je en même temps, j’ai de la peine à me concentrer aujourd’hui.

Il n’y avait pas qu’aujourd’hui, je le savais très bien. Entre les réveils à 6 heures 30 du matin, les séances de groupes, les séances en privé et les médicaments, j’avais l’impression d’être devenu un véritable zombie et pas dans le sens fun, très animé, vigoureux et cinématographique du terme. Non plus dans le genre âgé avant l’heure, à peine capable de trouver la force et l’envie de me lever tous les jours. Heureusement qu’il y avait Anna. Sans ses visites quotidiennes, je crois que j’aurais refusé de quitter mon lit depuis longtemps. Elle était ma lumière dans cette existence sombre.

Qu’est-ce qui vous déconcentre ?, me demanda le psychiatre en griffonnant quelque chose sur son bloc-note avant même que j’aie le temps de lui répondre, comme s’il avait déjà jugé ma réponse avant même que j’aie pu la formuler. Soit il était réellement un excellent psy, soit il était un sacré con prétentieux, je ne savais pas trop.

Pourquoi je suis encore ici ?
, lui demandais-je a brûle pourpoint. Je me sens bien maintenant. Je veux rentrer auprès de ma femme.

Le Docteur Cohen m’observa tout en terminant de prendre ses notes avant de poser son stylo Montblanc hors de prix sur son bureau. Je le savais cher pour la simple raison qu’à plusieurs kilomètres de l’hôpital où je me trouvais actuellement, posé sur mon propre bureau se trouvait presque le même. Une folie stupide, une dépense inutile que j’avais fait quelques années plus tôt pour fêter le statut de best seller de mon premier roman. Après tout, ça avait tout de même plus de gueule de signer un autographe avec un stylo Montblanc qu’avec un Bic.

Après un instant de silence durant lequel il ne me quitta pas de son regard gris accentué par les rides ornant le coin de ses yeux, il s’adossa à son fauteuil pour reprendre la parole avec un sérieux tel qu’il me donnait presque envie de rire.

Vous avez fait une très grave dépression Thomas. On ne peut pas vous laisser vous en aller comme ça. Pas encore.

Mon envie de rire s’envolait en laissant place à l’agacement. Cela faisait 5 mois que j’étais enfermé dans cet asile sans que l’on m’ait encore donné l’espoir d’une sortie possible. 5 mois d’emprisonnement pur et simple. J’étais enfermé ici contre mon gré et je comptais bien retrouver ma liberté avant que les traitements aient totalement détruit celui que j’essayais difficilement de redevenir. Cependant, je devais avouer que je ne m’étais jamais montré très coopératif que ce soit durant les thérapies de groupes ou seul à seul avec le Toubib.

Mais je me sentais bien désormais. Je voulais juste rentrer et être auprès d’Anna. Elle avait besoin de moi, je le savais. Après tout, elle aussi vivait une épreuve difficile depuis l’accident. Elle avait juste été plus forte que moi et avait mieux tenue le coup. En cet instant, je ressentis un élan de fierté pour elle et fit machinalement tourner mon alliance  sur mon doigt.

Dites-moi ce que je dois faire pour vous convaincre alors. Demandez-moi ce que vous voulez, je le ferais si ça peut me permettre de rentrer enfin chez moi.

Je pu voir passer plusieurs expression sur le visage de mon psy, passant de l’étonnement à ce qui pouvait ressembler à du contentement. Visiblement, il était content de ma motivation soudaine mais ne semblait pas totalement y croire pour autant. Il ne devait pas savoir à quel point on pouvait se sentir prêt à tout pour quitter cet endroit après y avoir passé plusieurs mois.

Nous allons enfin pouvoir progresser, annonça-t-il avec entrain. Et si vous me racontiez tout depuis le début Thomas ?



     

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Jeu 2 Avr - 19:10

*tape du poing sur la table*
èoé la suite!! Et tout de suite, sinon je te fais pas d'patates!!
T^T comment ça, c'est pas constructif? ...
Comment s'appelle l'animal qui ressemble à un âne? a écrit:
Non, plus dans le genre âgé avant l’heure, à peine capable de trouver la force et l’envie de me lever tous les jours.
Voilà è-é c'est tout
La suite è-é
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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Jeu 2 Avr - 19:12

MDR merci, j'irai rectifier cette virgule manquante Wink

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Lun 13 Avr - 20:34

PARTIE I : LE FUNAMBULE  SOMNAMBULE (part. 3)



Anna riait aux éclats. D’un rire cristallin, enfantin qui résonnait à travers la salle de la pizzeria où nous nous trouvions tout deux et qui faisait se retourner les têtes de nos voisins de tables. On s’en fichait, nous ne faisions absolument pas attention à eux, surtout moi. Il n’y avait, pour moi, qu’Anna qui se tenait assise en face de moi en ce samedi soir.

Elle était la plus jolie fille du lycée selon moi. Une des plus douée également selon, cette fois-ci, ses professeurs. Il m’avait fallu plusieurs mois pour trouver le courage d’enfin l’inviter à sortir et un temps interminable pour réaliser qu’elle avait tout de suite accepté.

Il faut dire que nous venions tout deux de mondes que tout opposait. J’avais grandis dans une famille modeste, elle auprès de parents millionnaire. J’avais une sœur aînée et elle était enfant unique. Je ne jurais que par la musique metal, elle par le classique. Je ne lisais que les bandes dessinées dans le journal et elle était capable de débattre de chaque article se trouvant à l’intérieur. Et pourtant, dès l’instant même où je l’avais vu pour la première fois, j’avais su qu’elle était l’amour de ma vie, même si nous n’avions que 17 ans et que, par conséquent, cela pouvait paraître utopique.

Tu avais promis de ne pas te moquer !, lui dis-je en agitant un index faussement menaçant devant elle, ce qui la fit rire encore plus.

C’est vrai, excuses-moi, répondit-elle entre deux rires enchanteurs. C’est juste que j’imagine la scène, ça devait être adorable.

Adorable n’était pas le terme qu’avaient utilisé mes parents aux moments des faits. Moi non plus d’ailleurs.

En fait, je lui parlais de mon enfance et elle avait commencée à rire lorsque j’en étais arrivé à Steve, un petit garçon de mon âge passionné par les pirates et qui voulait en devenir un plus tard. Il avait été mon meilleur, et même mon seul, ami durant des années. On avait fait toutes les bêtises possible et imaginable ensemble et j’en avais passé des heures punis par sa faute. D’autant que Steve, lui, ne se faisait jamais prendre ni punir et donc, tout retombait toujours sur mon dos.

Cela dit, cela n’avait rien d’étonnant compte tenu du fait que Steve était un pur produit de mon imagination débordante. Un ami imaginaire comme on dit. Malgré cela, c’était toujours avec une certaine nostalgie que je repensais à lui, comme on repense malgré les années à un ami décédé. J’avais toujours vu la disparition de Steve comme un décès causé par les médicaments et l’arrivée de ma puberté. Je le reconnais, malgré le fait que je sois conscient que Steve appartenait au monde des fantasmes de mon enfance, il continuait de me manquer malgré tout. Pour moi, il avait toujours été aussi réel que n’importe qui d’autre dans mon entourage.

Nous avions fini de manger depuis un moment et un regard sur ma montre m’apprit qu’il était temps pour Anna de rentrer chez elle si elle ne voulait pas dépasser le couvre-feu de 23 heures imposé par son autoritaire de père.

Voulant jouer le gentleman protecteur, et voulant surtout profiter au maximum de sa présence, je l’a raccompagnais jusque devant chez elle, comme dans les films. Je fus bien inspiré d’ailleurs. Touchée de mon attention, Anna m’accorda alors un baiser durant les 5 minutes qu’il lui restait pour franchir la porte de sa maison. Un baiser magique qui restera gravé dans ma mémoire jusqu’à ma mort.

Je ne voulais plus me détacher de ses lèvres, ne plus la lâcher, la gardant dans mes bras même après que notre baiser prit fin. Si bien qu’elle dû se tortiller en riant pour se libérer.

Tu dois me laisser partir Thomas, me dit-elle en riant doucement. Mon père me privera de sortie pendant des semaines si je ne suis pas rentrée à 23 heures tapantes. Ça serait dommage !

Elle avait raison, je le savais très bien. Si elle était privée de sortie, cela signifiait pouvoir la voir que pendant les pauses au lycée jusqu’à la fin de la sanction.



   

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Jeu 16 Avr - 22:28

J'adore toujours autant
J'ai hâte de découvrir la suite !!

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Ven 17 Avr - 18:39

Merci

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 6 Mai - 17:02

PARTIE I : LE FUNAMBULE  SOMNAMBULE (part. 4)



Contrairement à ce que soutien le proverbe, les jours se suivent… Et se ressemblent. Surtout lorsqu’on est interné. Toujours les mêmes choses, exactement aux mêmes heures. Levé à 6h30, prise de médicaments, douche, petit déjeuné, médicaments, thérapie de groupe. Voila comment se composaient toutes mes matinées depuis maintenant 6 mois.

Je n’ai jamais été un grand dormeur. Je ne dors jamais plus de quelques heures mais j’avoue que mes rares grasses matinées me manquent.

Cette simple constatation fit apparaître un vague sourire sur les lèvres de Gloria durant notre séance de groupe qui se ponctua là-dessus. Il fallait avouer qu’il ne s’y disait jamais grand-chose de captivant, en grande partie parce que la majorité des participants restaient muets comme des carpes pendant que la minorité restante racontaient encore et toujours la même histoire, comme si la répéter atténuerait enfin leur douleur.

Et il y avait Gloria et moi.

Gloria ne parlait jamais lors des séances de groupes mais contrairement aux autres, elle ne se terrait pas dans un mutisme autistique. Tout comme moi, elle ne comprenait juste pas l’intérêt de déballer encore et encore sa vie privée.

Pourquoi es-tu ici ?, lui demandais-je pour la 10ème fois depuis mon arrivée. Gloria était arrivée bien avant moi et pourtant, j’ignorais tout de sa présence dans cet hôpital psychiatrique privé hors de prix.

C’était une fille étrange. Une fille ou une femme ? Je n’aurais su le dire. Elle paraissait très jeune, pas plus de 18 ou 20 ans mais les apparences sont parfois trompeuses. Elle aurait tout aussi bien pu avoir 15 ans. Ou 30. Etrange donc. Petite, maigrichonne, elle gardait ses cheveux blonds coupés très courts, à la garçonne comme on dit. Ses immenses yeux bleus pouvaient fixer un point des heures durant sans bouger mais elle n’avait rien de catatonique pour autant contrairement à beaucoup d’autres patients. Au contraire, elle semblait plutôt hyperactive le reste du temps.

J’sais pas, me répondit-elle en osant des épaules. Mes vieux m’ont enfermée ici, c’est tout.

Assise parterre, elle leva son regard enfantin sur moi avec un grand sourire édenté. C’était si étonnant de voir son sourire ainsi troué. Il lui manquait l’une des dents de devant ainsi que quelques autres également visible. Je m’étais toujours demandé où étaient passées ses dents, sans jamais oser lui poser la question. Peur d’être trop indiscret peut-être. Ou par peur de la réponse aussi, plus probablement.

Ils ne viennent jamais te voir ?, lui demandais-je en observant le dessin qu’elle était occupée à gribouiller. Une explosion de couleurs faite au crayon sans aucune forme reconnaissables. Juste des traits colorés digne d’un enfant en bas âge et qui remplissaient presque totalement sa feuille. Je n’avais jamais vu Gloria dessiner quoi que ce soit d’autre. C’était toujours les mêmes coups de crayons multicolores remplissant des feuilles et des feuilles.

Toi non plus ils viennent jamais, me répondit-elle tu tac au tac en reposant son regard sur son œuvre.

C’était vrai. Mes parents étaient venus me voir les premiers temps, régulièrement. Puis leurs visites s’étaient rapidement espacées jusqu’à devenirs presque inexistants. La dernière fois que je les avais vus, cela devait remonter à plusieurs semaines. C’étaient comme s’ils s’étaient résignés à me voir rester là pour le restant de mes jours. Comme s’ils m’avaient perdu moi aussi. Comme s’ils avaient peur de moi.

C’est vrai mais j’ai Anna qui vient tout les jours alors que toi, je ne me rappel pas t’avoir vu avoir une seule fois de la visite.


Je ne disais pas cela méchamment. J’essayais juste de comprendre comment est-ce que cette gamine avait pu en arriver là, complètement seule.

Gloria continua de gribouiller silencieusement durant plusieurs secondes, comme si elle réfléchissait à ce que je venais de lui dire avant de finalement hausser des épaules.

J’aimerai bien avoir une Anna moi aussi. Tu crois que c’est possible ?

Sa question me fit rire. Gloria était l’innocence enfantine incarnée.



   

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 6 Mai - 17:35

Wooh.
La dernière phrase de Gloria est prenante aux tripes !
Très bien, j'apprécie beaucoup Smile. Je viendrai régulièrement te lire ici si tu continues à publier.
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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mer 6 Mai - 17:58

Merci beaucoup, ça me fait super plaisir !

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Dim 10 Mai - 14:27

Piouuuf, en retard en retard !!!
J'ai lu et j'ai même pas commenté, frappe-moi Razz

Bref, tout ça pour dire que j'adore toujours autant. On est pris dans l'ambiance, j'ai vraiment hâte de lire la suite !

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Mon coeur est fait de poudre il n'attend qu'une étincelle.

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Dim 10 Mai - 19:17

Comme vous avez pu le voir, le titre a été légèrement modifié. J'avoue avoir oublié d'ajouter cette petite précision dès la création du sujet, désolée pour les âmes sensibles Wink


PARTIE I : LE FUNAMBULE  SOMNAMBULE (part. 5)



Je te l’ai déjà dis, il est hors de question que l’on se marie avant que j’aie fini mes études mon cher, me dit-elle en prenant un air sérieux assez comique, refusant ainsi pour la 3ème fois de m’épouser.

Allongé sur notre lit, je me tournais sur le côté pour me mettre face à elle, passant doucement ma main le long de sa hanche avant de la glisser dans son dos nu. Elle était aussi allongée sur le côté et elle me laissait faire avec un petit sourire appréciateur.
Cela faisait 3 ans que nous vivions ensembles, 6 ans que nous étions en couple et mon amour pour elle n’avait jamais cessé de grandir tout ce temps.

Tu en as encore pour des années, lui répondis-je en soupirant comme en enfant impatient. Pourquoi est-ce que tu ne pourrais pas terminer tes études en tant que femme mariée ?

Anna m’adressa un sourire tout en venant se blottir dans mes bras.

Parce que aujourd’hui tu veux te marier et quand cela sera fait, tu voudra fonder une famille et études en chirurgie et grossesse ne font pas bon ménage, tout simplement, dit-elle comme si elle parlait à un enfant. Ce qui n’était pas tout à fait faux d’ailleurs. Et toi tu as besoin de te concentrer sur la fin de tes études aussi si tu veux devenir le plus grand écrivain de tout les temps.

Elle avait raison, je le savais. Étant tout deux encore à l’université, nous n’avions pas les moyens ni le temps d’avoir des enfants et je savais aussi bien qu'elle qu’une fois marié, je ne pourrais attendre bien longtemps avant que nous fondions la famille que j’attendais tant. Nous avions le temps, nous n’avions que 23 ans mais c’était comme si une partie de moi craignait le pire, comme si je ressentais l’urgence de vivre avec elle tout ce dont nous rêvions. La patience n’avait jamais été mon fort, je le reconnais.

Nous avions tout deux de grands projets. Anna étudiait du matin au soir pour devenir chirurgienne tandis que de mon côté, je hantais mes cours de littérature dans l’espoir de pouvoir un jour être cité dans ces mêmes cours. Mes projets n’étaient d’ailleurs par vraiment au goût de ses parents qui, malgré les années, continuait de voir d’un mauvais œil leur fille adorée fréquenter un type issu de la classe moyenne voulant ce lancer dans une profession de flemmard selon eux. A leurs yeux, il était clair que nous vivrions toujours des revenus d’Anna, que je ne serais jamais à la hauteur des espérances qu’ils avaient pour leur fille.

Longtemps, ils avaient tout fait pour nous faire rompre. Ils avaient menacé Anna, l’avait envoyée 1 an à l’étranger, l’avait suppliée mais rien n’y avait fait. Nous étions des âmes sœurs et ils avaient été obligés de s’y résoudre. Ce fut quand Anna les menaça à son tour de couper les ponts avec eux qu’ils capitulèrent et décidèrent même de nous payer le petit appartement dans lequel nous vivions désormais. Ainsi donc, même si nous savions tous que ce ne serait jamais la franche camaraderie entre la belle famille et moi, ils faisaient désormais l’effort de me supporter dans la vie de leur fille chérie.

Sois donc un peu patient, me dit-elle en caressant ma joue du bout des doigts. On l’aura notre vie parfaite, je te le promets.

En cet instant, je savais qu’elle disait vrai.

Me rapprochant d’elle, je m’emparai de ses douces lèvres pour un doux baiser qui gagna peu à peu en intensité tandis que je la sentais se coller plus contre moi. Sa peau nue, si douce et chaude, tout contre la mienne réveilla aussitôt mes sens. Sentant le désir monter en moi, je roulai sur elle tout en laissant glisser mes lèvres sur sa gorge avant d’emprisonner délicatement en téton entre mes dents, le titillant du bout de la langue. Anna réagit immédiatement, poussant un petit gémissement de plaisir.

Nous fîmes passionnément l’amour dans la chambre baignée par la lumière tamisée des lampes de chevet jusqu’à en être épuisé. Ensuite de quoi, enlacé dans les bras l’un de l’autre, nous nous endormîmes.



   

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Dim 10 Mai - 20:58

Toujours aussi agréable à lire ! Laughing Bravo !
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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Dim 10 Mai - 21:10

Merci

J'avoue que je suis la première surprise que des gens puissent aimer ce machin XD

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Lun 18 Mai - 1:11

J'ai mis du temps, mais j'ai lu !!!!
Et j'adore toujours autant
J'aime vraiment ta façon d'écrire !

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Message#Sujet: Re: Emporium (-18)   Mar 9 Juin - 15:50


PARTIE I : LE FUNAMBULE  SOMNAMBULE (part. 6)



L’abstinence était une des choses les plus difficile à vivre depuis quelques semaines, voir quelques mois.

Dans les premiers temps de mon internement, l’idée en elle-même ne m’avait jamais traversé l’esprit, trop marqué par l’accident, trop abruti par les médicaments également mais plus je reprenais mes esprits et plus mon corps en entier semblait reprendre vie.

Contrairement à la prison, même si la vie en hôpital psychiatrique s’y apparente avec ces visites, ces heures de sortie dans le parc et ces détenus qui savent qu’ils ne seront pas libres avant longtemps, il n’y a pas de visite conjugale à l’asile. Les fous n’ont pas à assouvir ce genre de besoin n’est-ce pas ? Ils ne devraient même pas avoir à y penser.

Ma première érection était survenue après mon 3ème mois d’internement, un jour d’été où Anna était venue me voir dans une petite robe légère aux couleurs pastel que j’avais toujours particulièrement aimé et dont la coupe mettait magnifiquement bien en valeur sa taille fine, ses hanches marquées et sa poitrine magnifiquement proportionnée.

J’avoue que même si cela ne dura que quelques secondes avant que les médicaments ne fassent leur travail et étouffent mes envies, cela me surprit. Ensuite de quoi, peu à peu, le désir se mit à renaître en moi. Sensation étrange quand tout en vous vous laisse croire que vous n’êtes qu’un mort en attente.

Après 5 mois d’internement, je me surpris à me masturber une nuit sous mes draps, chose qui ne m’était plus arrivé depuis mon adolescence. Au 7ème mois, j’en étais presque à envisager de supplier le Docteur Cohen de m’accorder une heure à l’écart avec ma femme. Mais bien sûr je n’en fis rien. Le sexe était un sujet tabou à l’asile. Une chose à laquelle personne n’était même en état de songer, une envie noyée parmi les délires psychotiques et autres tranquillisants.

Du moins, c’était ce dont j’étais persuadé jusqu’à ce matin-là.

Comme tous les matins, j’attendais que le temps passe dans la salle commune de l’hôpital. A la télévision, qui était accrochée suffisamment haut sur le mur pour éviter qu’elle ne soit l’objet de violences de la part de mes co-détenus, un zèbre était entrain de se faire dévorer par un félin bien plus rapide. Le son avait été coupé, comme si les commentaires assommants du présentateur du documentaire animalier risquaient de plus nous choquer que les images crût défilant devant nos yeux. Spectacle aussi hypnotisant qu’abrutissant dont je ne parvins à détourner le regard qu’à la mort du zèbre signant la fin du documentaire. Peu désireux de me laisser avoir par le suivant au sujet de la faune marine ou autre, je me mis à chercher mentalement une occupation avant l’heure du repas de midi.

C’est ainsi que je m’aperçu de la disparition de Gloria.

Cela n’avait rien de surprenant en soit. Nous avions une liberté, toute relative certes, lors de nos heures de libres. Autrement dis, nous avions le choix entre la salle commune, nos chambres ou le jardin et pouvions nous rendre librement d’un à l’autre. Enfin, pour ceux en mesure de se déplacer par eux-mêmes bien sûr. Ainsi, ce n’était pas la première fois que Gloria manquait à l’appel mais pour une raison mystérieuse, il fallu que ce soit justement ce jour-là que cela m’intrigua au point de décider de partir à sa recherche.

L’hôpital était ainsi conçu que les couloirs des chambres étaient directement reliés à celui menant à la salle commune et au jardin, sans doute pour éviter aux patients de se perdre en cours de route. Aucun grand dédale à parcourir, juste 2 couloirs où s’alignaient les portes des chambres sur 2 étages. Bien entendu, les chambres du haut étaient celles des plus mobiles, si je puis dire, d’entre nous. Ainsi, la mienne s’y trouvait. Celle de Gloria également. Celles du bas étaient plus les chambres des catatoniques et des angoissés en tout genre.

Je commençais mes investigations par le jardin, profitant par la même de l’air frais automnal.

L’hôpital était bâtit loin de tout, en pleine campagne, sans doute pour éviter de gêner les patients comme les habitants des villages environnants. J’adorais cet endroit, sincèrement. Il n’y avait que la nature à perte de vue et juste quelques fermes éparpillées au loin dont on ne devinait que les contours des bâtiments depuis le jardin. Le centre étant construit sur une colline, on surplombait la plaine qui se terminait par l’émergence soudaine des montagnes à plusieurs kilomètres. Si j’avais eu de quoi écrire, peut-être que l’inspiration m’aurait envahit ici. Était-il possible d’écrire un best-seller depuis un hôpital psychiatrique où l’on loge comme patient ? La question, me traversant l’esprit, m’amusa assez et j’imaginais déjà les réactions et critiques qui auraient entouré un tel livre.

En cet après-midi, j’étais le seul à arpenter les sentiers bien entretenus de l’immense jardin entourant le bâtiment. Ainsi, le seul bruit que se faisait entendre en dehors du chant des derniers oiseaux n’ayant pas encore entamés leur migration et du léger souffle dans les arbres jaunis était le son que faisait le gravier sous mes pas. Crissement régulier qui semblait résonner jusqu’au fond de la vallée.

J’avais l’impression d’être seul au monde et me sentait pourtant plus serein que jamais. Etait-ce à cela que ressemblait le paradis ? Être seul dans un immense jardin silencieux ? Peut-être bien. J’en oubliais même le but premier de ma sortie alors que je m’asseyais sur l’un des bancs en pierre. Ce fut à peine si j’en ressentis le froid à travers mon pantalon en toile.

Je fermai les yeux, me laissant envahir par le calme et le silence, lorsqu’un bruit se fit entendre. C’était comme le rire cristallin d’un jeune enfant. Aussitôt me revînt en mémoire le son merveilleux du rire de mon fils et un sourire étira mes lèvres, persuadé qu’il ne s’agissait-là que de la résurgence d’un souvenir heureux, en harmonie avec les lieux. Mais après un instant, je m’aperçu que le rire semblait se déplacer. Pas uniquement porté par le vent mais comme si la personne à qui il appartenait se déplaçait.
Au moment même où je rouvris les yeux, je sentis un trouble m’envahir. Cette sensation étrange que l’on ressent lorsque l’on sait que l’on est plus seul même sans voir qui d’autre est là. Cette sensation qui fait se redresser vos petits cheveux dans votre nuque et qui vous donne la chaire de poule. Ce sentiment qui enserre votre poitrine et qui rend chaque respiration à peine plus difficile qu’à la normal.

Je me relevais aussitôt, cherchant des yeux la nature du son qui ne cessait de venir à mon oreille. C’était le rire d’un enfant, sans le moindre doute possible, mais l’hôpital ne comptait que des adultes, aucuns enfants en dehors de ceux venant durant les heures de visites. Mais les visites étaient les après-midi et nous étions le matin. Par conséquent, aucun enfant ne devait se trouver dans les parages. Et pourtant…

Et pourtant se fut bien une silhouette enfantine que j’aperçu du coin de l’œil au moment où elle disparu entre deux imposants rosiers.

Aurais-je dû avoir peur ? Pour quelle raison ? Parce que la situation semblait complètement irréelle peut-être ? Quoi qu’il en soit, ce que je ressentis ne fut pas de la peur mais de la curiosité tandis que je suivais la petite silhouette tel Alice suivant son Lapin Blanc.

Après avoir contourné les rosiers, je ne revis pas tout de suite l’enfant mais son rire mélodieux résonna jusqu’à mes oreilles. Je dû faire quelques pas supplémentaire pour voir soudainement disparaître le bas d’une jupe derrière un arbre.

C’était comme de jouer à cache-cache avec un fantôme insaisissable. A chaque fois que je pensais me rapprocher, la petite silhouette disparaissait au détour d’un nouvel obstacle m’empêchant de la voir enfin en entier.

Ce ne fut que plusieurs minutes plus tard que je m’arrêtais, essoufflé. Alors que j’étais immobile, elle semblait ne plus vouloir réapparaître, comme si elle ne pouvait être en mouvement que si je l’étais également. J’en vins à me demander s’il ne s’agissait pas tout simplement d’un effet des médicaments, une sorte d’illusion lorsque le rire se fit à nouveau entendre, dans mon dos.

Alors, lentement, je fis un demi-tour sur moi-même et là vit.

La fillette se tenait devant moi. Petite poupée vêtue d’une robe ancienne à volants et aux boucles brunes soigneusement attachées par un ruban blanc.

A l’instant même où je la vis, quelque chose se passa en moi. Quoi ? Encore aujourd’hui je suis incapable de le dire. Je sentis ma gorge se resserrer et m’aperçu que j’étais tombé à genoux que quand je ressentis la petite douleur du gravier s’enfonçant dans ma peau au travers du tissus fin de mon pantalon. Je ne me relevais pas pour autant, restant genoux à terre pour être à hauteur de l’enfant qui m’observait en penchant légèrement la tête de côté. Mais alors que j’allais lui demander qui elle était, la petite fille fit volte-face et se remit à courir.

Aussitôt, je me relevais pour lui suivre, surpris de la voir emprunter l’entrée principale, restée ouverte, de l’hôpital. Arrivant dans le hall, je me retins de courir, comme le voulait le règlement et je perdis à nouveau la fillette.

Etrangement, ni la réceptionniste ni les deux infirmières qui se trouvaient là ne semblaient réagir. Elles continuaient de discuter entre elles comme si elles n’avaient pas remarquée la présence incongrue d’une enfant qui avait forcément due passer à côté d’eux. Elles se contentèrent de me jeter un coup d’œil et de me demander si tout allait bien. Je réalisais alors que mon essoufflement et mon air de chercher clairement quelques choses devaient paraître suspect dans cet établissement. Je leur accordais un petit sourire innocent au moment où je vis réapparaître un bas de jupe à volants dans l’escalier menant aux chambres de l’étage.

Refreinant mon envie de me remettre à courir, je pris la même direction, montant à la suite de la petite silhouette énigmatique. Il aurait été stupide qu’on m’envoie me calmer dans la salle commune en guise de punition pour avoir couru dans l’escalier alors que je venais de la retrouver. Sur le coup, j’avais l’impression d’avoir à nouveau 6 ans et de tenter d’avoir l’air innocent avant de piquer un sprint dans les couloirs de l’école au nez et à la barbe des surveillants.

Elle se tenait là, droit devant moi, au milieu du couloir, comme si elle m’attendait. Enfant étrange et mystérieuse, surtout en ces lieux.

Mais alors que je me rapprochais, je la vis tourner la tête vers l’une des portes restée entrouverte avant d’y courir soudainement. Loin du regard des infirmières, je me remis à courir derrière elle et marqua un arrêt en découvrant la porte entrebâillée par laquelle la fillette était passée. Il s’agissait de la porte de la chambre de Gloria, celle-là même que je cherchais lorsque, un peu plus tôt, j’étais sorti dans le jardin. Comment la gamine avait-elle pu le savoir ? Le savait-elle d’ailleurs seulement ou m’avait-elle guidée jusque là par hasard ?

Ressentant une étrange appréhension que je ne pu expliquer, je m’approchais alors pour pousser doucement la porte et regarder dans la chambre en silence, comme un voyeur désireux de ne pas se faire remarquer.

Gloria s’y trouvait. Tout comme moi dans le jardin, elle se tenait à genou mais ce n’était pas la fillette qui se tenait debout devant elle. Il s’agissait d’un autre pensionnaire, interné ici pour des problèmes de troubles obsessionnels compulsifs. D’où je me tenais, je pouvais clairement voir son pantalon et son caleçon rabattus sur ses chevilles. Je pouvais également clairement voir sa main dans les cheveux de Gloria qui se balançait rapidement d’avant en arrière, au rythme de la fellation qu’elle lui prodiguait.

Sous le choc, la seule chose dont je fus capable fut de m’éloigner à reculons dans le couloir, ne pouvant détourner mon regard de la scène que lorsqu’elle fut masquée par l’angle de la porte.

Debout à quelques mètres de moi, dans le couloir, la fillette me regardait avec un sourire presque moqueur, avant de filer à nouveau dans l’escalier.




   

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